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Time Out

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Dans le futur, le temps sera vraiment de l´argent, nous apprend Andrew Niccol. Alors, n’a-t-il pas honte de nous en faire perdre ?

Fantasmer sur les possibilités du futur procure un plaisir infini. Imaginer où la science, la technologie, l’intelligence de l’Homme peut nous mener. Au cinéma, la science-fiction est trop souvent synonyme de décorum prétexte, propulsant dans l’espace et/ou dans le futur des histoires qui auraient très bien pu se passer de cet habillage. Seul Minority Report a ces dernières années su stimuler notre intellect en pensant à envisager sous l’angle du « futur possible » les changements – néfastes ou positifs – de notre société. Ce n’est pas un hasard si les avancées technologiques prédites par Spielberg deviennent aujourd’hui réalité : elles ont été imaginées par de véritables scientifiques et physiciens comme étant de l’ordre du possible à l’année où se déroule l’épopée de John Anderson, soit 2050.

Pas de repère temporel, ni d’extrapolation réaliste dans Time Out. Comme dans Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol a choisi l’angle de la parabole plutôt que l’anticipation pour créer sa société futuriste, le film débutant par la voix off de Justin Timberlake expliquant naïvement « qu’[il] ne sai[t] pas comment tout a commencé ». Comment quoi a commencé ? Hé bien, la suppression du gêne de la vieillesse d’une part, qui empêche les gens de vieillir – mais pas de mourir – à partir de 25 ans. Plus ahurissant encore, et du coup beaucoup moins crédible : l’Homme a réussi à transformer le temps humain en monnaie. Tout se paie en minutes de votre vie, qu’il s’agisse d’aller prendre le bus ou un café. Concept fou, quasi-gonzo et kamikaze, que de visualiser une société où l’on prélève ainsi des heures directement sur votre bras, transformé en chronomètre/carte bancaire luminescent. L’astuce, qui va se révéler grossière, étant que chacun ne part pas avec le même capital temps dans la vie. Endettez-vous trop, et vous ne vivrez pas assez longtemps pour tout rembourser.

Le temps de la réflexion… est passé

La métaphore est donc rapidement établie : les riches perdent le temps infini qu’ils ont à ne rien faire, tout en augmentant le coût de la vie afin que les pauvres ne s’en sortent, littéralement, qu’au jour le jour, sans espoir de pouvoir de rebeller assez longtemps. Ajoutons à cela la division claire du monde en « zones temps », pour séparer les classes, et on aura une petite idée de la finesse de la réflexion pondue par Andrew Niccol, définitivement plus l’homme d’un coup de génie (Gattaca), qu’un grand auteur de science-fiction. Qu’il s’appuie sur un gimmick pour évoquer les dérives financières et le cannibalisme social des sociétés capitalistes passe encore. Qu’il s’en serve pour emballer un divertissement mille fois vu ailleurs et en mieux, en faisant passer le tout pour un grand moment de SF subversive, c’est plus grave.

Niccol, anticipant l’incrédulité du spectateur, s’amuse au départ à redonner un nouveau sens aux expressions de la vie courante – perdre son temps, prendre du bon temps, arriver à temps, le temps c’est de l’argent, etc. C’est, au final, un cache-misère plus ludique que philosophique, surtout que passé un premier acte d’exposition intriguant, où se dessine une intrigue à la Monte Cristo, Time Out devient une espèce de sous 1984 ringard et dépassé, où nos deux héros défient les puissants façon Bonnie et Clyde en "volant du temps" (sic) dans les banques pour le redistribuer aux pauvres, traversant des décors répétitifs et déserts tentant vainement de reproduire l’aspect rétro-sci-fi déshumanisé et lo-tech des années 70. Le rythme est anémique, tout comme les forcément jeunes acteurs, unanimement falots (Niccol n’est pas connu pour être un grand directeur d’acteurs, voir S1mone et même Lord of War dans une certaine mesure) et guère aidés par des dialogues lourdingues.

Une fois encore, un concept ambitieux retombe paresseusement dans les travers d’une production branchée servant surtout à mettre en valeur ses jeunes et beaux acteurs. Ah oui d’ailleurs, non seulement tout le monde a 25 ans dans Time Out, mais il n’y a absolument personne de moche, d’obèse, de chauve ou de bedonnant. C’est peut-être ça, le plus flippant.

Titre original : In Time

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Durée : 101 mn


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