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The Day He Arrives (Matins calmes à Séoul)

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Séoul labyrinthique en trois jours (ou trois fois le même jour ?)

Tourné fin 2010 en sept jours, sans réel scénario et avec un budget minime, The Day He Arrives continue de tracer le sillon, radicalisé dans le précédent Oki’s Movie, d’un cinéma à la fois allégé et apaisé dans l’œuvre d’Hong Sang-soo. Écrivant les scènes au jour le jour d’après ses impressions de tournage et s’appuyant sur une structure temporelle rapidement élaborée, Hong semble trouver dans ce recours à une économie plus confidentielle et quasi artisanale un élan vers une épure de son propre travail, vers une forme plus ouvertement expérimentale, qui se traduit à l’écran par un certain ludisme dans la construction et la mise en scène. Moins physique, plus cérébral, le Hong nouveau privilégie l’ellipse et la forme courte (1h20 pour Oki’s Movie, 1h19 pour The Day He Arrives), multipliant les connections souterraines derrière le jeu des rencontres faussement hasardeuses, de la différence dans la répétition (ici, une même scène peut se jouer trois fois avec nombre de variations sans que les personnages en aient véritablement conscience), et du sentiment de « déjà vu » qui sera, c’est presque une ironie pour un cinéaste dont on dit trop souvent qu’il fait chaque fois le même film, le véritable sujet de The Day He Arrives.

Car nul, ou presque (il y a aussi Apichatpong Weerasethakul), ne sait aujourd’hui mieux se perdre que lui. Avec son histoire de cinéaste plus ou moins à la dérive revenant passer quelques jours dans le quartier de Bukchon à Séoul, et se trouvant plongé dans une sorte de labyrinthe dans lequel le passé revient coller au présent, notamment sous les traits d’une ex identiques à ceux de la jeune tenancière d’un bar (appelé le « Roman »), The Day He Arrives déploie une temporalité chaotique et vertigineuse, adoptant un ton à la fois absurde et cauchemardesque. Le minimalisme de la narration brouille les repères et par là même – c’est là une véritable leçon – ouvre le champ des possibles. Et l’indéfectible mélancolie indissociable de l’œuvre d’Hong vient se conjuguer avec le devenir fantôme de chaque personnage. Ainsi, quelques jeux formels tenant presque de la contrainte oulipienne (faire jouer par une même actrice deux personnages différents, reprendre une même situation comme s’il s’agissait de la première fois) permettent au cinéaste de maintenir son film dans une ambiguïté temporelle dans laquelle chaque jour peut paraître identique au précédent. Un même corps pourra ainsi également naviguer entre involontaires survivances d’autres vies et distraction quant à la sienne propre. Avançant par discussions alcoolisées interposées, The Day He Arrives tangue alors assez vite à la manière d’un bateau ivre.

Ce dispositif se montre riche de potentiel poétique et touche même au sublime lorsqu’il parvient à se ménager quelques moments au cours desquels ses deux aspects (selon l’auteur, un récit jour après jour dans lequel chaque jour semble être le premier) finissent par se croiser, comme dans cette scène où le cinéaste (Seongjun) embrasse pour la deuxième fois la patronne du bar (Yejeon). L’incertitude (redoublée par l’alcool) quant au souvenir de la première fois surgit. Mais la figure de Kyungjin (ancienne petite amie du cinéaste) se trouve également convoquée à cet instant dans le même corps. Ce travail de tressage, effectué par la grâce de la mise en scène et du montage, ouvre sur la possibilité de toutes sortes d’interprétations, tout en maintenant une forme d’indécision. Cela sans jamais adopter la froideur un peu hautaine de l’exercice de style. Bien au contraire. C’est au plaisir – à l’ivresse – de la forme que le dernier Hong Sang-soo invite.
 

Titre original : Book chon bang hyang

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Durée : 79 mn


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