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The Company Men

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Chronique voulue réaliste des effets de la crise économique, « Company Men » n´est au final qu´un drame moraliste de plus, plombé par un script tout sauf subtil et une simplification excessive de ses enjeux.

Même s’il arrive déjà après la bataille, en termes d’actualité brûlante, Company Men part tout de même d’une bonne idée pour illustrer les dommages collatéraux de la crise économique, qui ravagea le paysage industriel américain en moins de temps qu’il n’en faut pour dire le mot « subprimes ». L’originalité consiste donc ici à s’intéresser aux grands cadres de ces entreprises prises dans la tempête : des « Company Men », donc, dont le salaire annuel monte à six ou sept chiffres. Qui de mieux pour incarner un business man sûr de lui et roulant des mécaniques que Ben Affleck ? A ses côtés, Tommy Lee Jones et Chris Cooper jouent également les grands chefs soudainement mis face à la réalité du chômage, du reclassement et de ses conséquences logiques : la difficulté, soudain, de payer les factures et les traites de la Porsche.

Œuvre chorale empilant mécaniquement les scènes de descente aux enfers de ses trois personnages, Company Men se voudrait être une dénonciation romancée des dérives de la société capitaliste américaine. Les plans sur les voitures et les maisons titanesques de ces gourous d’une multinationale lambda sont là pour nous rappeler que l’opulence de leur mode de vie les fait vivre dans un monde protégé du chômage et des soucis matériels. Toutefois, et c’est déjà là que le bât blesse, les trois hommes sont présentés comme des figures lisses et quasi-parfaites, des travailleurs arrivés là où ils en sont à la sueur de leur front. Tout juste comprend-t-on que l’un peut avoir ses humeurs si on lui enlève son abonnement au golf, ou qu’un autre trompe sa femme. En face d’eux, le patron de la compagnie est clairement montré comme un méchant arriviste à la solde des actionnaires. Voilà pour le côté exposé sociologique de la chose.

Esprit d’entreprise

L’originalité bien réelle de Company Men aurait pu être une qualité. Malheureusement, au final, elle s’avère n’être qu’une façade scénaristique, un prétexte à pondre un drame moraliste, « uplifting », comme les Américains aiment à les caractériser. John Wells, co-créateur d’Urgences et d’A la Maison Blanche, nous assène un bon vieux discours conservateur sur la nécessité de revenir au bon vieux taylorisme, au travail d’artisan où, comme Kevin Costner qui fait coucou dans le film, on met soi-même les mains dans le cambouis. Pire, on nous demande de compatir à la prise de conscience de business men qui se lassent de leurs stock options, pleurent leur ennui dans des villas cossues de la taille d’un château de la Renaissance, ou se suicident parce qu’ils ne supportent pas de pointer à l’Anpe locale.

Cerise sur le gâteau rance de cette fable lénifiante, pour laquelle son casting royal semble s’être moyennement motivé, l’épilogue nous montre le vieux de la vieille incarné par Tommy Lee Jones repartir de zéro en créant… une nouvelle « Compagnie », éloignée, espère-t-il, des contingences de Wall Street et des requins de la finance. Critiquer l’esprit d’entreprise américain pour finir par célébrer le retour à la norme, fusse-t-elle plus noble qu’avant, voilà bien une incohérence que seul un film américain pouvait oser.

Titre original : The Company Men

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Durée : 112 mn


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