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Taking off décolle, à tout point de vue

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Il faut profiter de la ressortie en salle, dès le 14 juillet, du premier long métrage américain de Milos Forman. A travers cette satire hétéroclite de l’Amérique de Nixon, le cinéaste tchèque interroge ce qui lui est le plus cher : la notion de liberté. Huit ans avant « Hair »…

Heureux hasard du titre, ou ironie prémonitoire ? Taking off est le premier long métrage américain du cinéaste tchèque Milos Forman, alors en deuil du Printemps de Prague dans le fameux "Chelsea hotel" de New-York. Un film qui lui permet d’emblée – Grand prix du jury à Cannes en 1971 – d’asseoir sa réputation au sein d’Hollywood. Quatre ans après, il tutoiera les cieux avec Vol au-dessus d’un nid de coucou, glanant incidemment son premier Oscar, avant de se faire naturaliser américain en 1977. Sachant que "taking off" signifie "décoller" en anglais, et que Forman est un garçon joueur, on peut donc raisonnablement penser que le choix de ce titre n’est pas innocent. Oui, en effet, cette satire sociale en forme de "protest-film", nimbée de drogues douces et de chevelures hippies, va lui permettre de prendre son envol. Bien avant le célèbre Hair (1979). Mais il faut reconnaitre que le contexte lui était favorable…

A peine deux ans auparavant, en 1969, Easy rider, road movie alternatif signé Dennis Hopper, "speed" à tout point de vue, officialisait la naissance du "Nouvel Hollywood", fort d’un succès public inattendu. Dès lors, pour les studios, la contre-culture, ça pouvait rapporter gros… A condition de ne pas dépasser le million de dollars en guise de mise initiale. Forman, nanti de son ami et co-scénariste Jean-Claude Carrière, respecta scrupuleusement la consigne : pour à peine plus de 800 000 dollars, sans vedettes, sans coiffeur, ni maquilleur ni loges, il immergea son équipe hétéroclite dans le bain frémissant, voire bouillonnant, du cinéma indépendant américain. Un tournage qu’il qualifia lui-même de "très familial". Jusqu’au casting, qui s’improvisa pour partie autour d’un reportage que la photographe Mary Ellen Mark, amie de Milos Forman, avait réalisé sur les hippies qui zonaient dans Central park. C’est ainsi que la jeune Linnea Heacock, celle qui endosse le rôle de l’adolescente fugueuse du film, fut remarquée…

Satire et scène culte 

Une "improvisation" que l’on retrouve dans la forme hétéroclite de Taking off. Hétéroclite mais pertinente… Morceaux choisis d’auditions de jeunes chanteurs, séquences semi-documentaires, purs délires dont une scène culte, désormais, de strip-poker entre adultes déchaînés, ou vagabondages dans le Manhattan du tout début des années 70 : ce grand mix épouse assez idéalement le "bug" de l’Amérique petite bourgeoise d’alors, dépassée par les pulsations (libération sexuelle, drogues, musique, etc.) de l’époque, mais mourant d’envie, aussi, de s’y frotter.

De fait, l’intérêt de Taking off, ce n’est pas tant la radiographie d’une jeunesse hippie, fugueuse et fumeuse, que le portrait maniaco-dépressif de ses aînés. Rien à voir avec un quelconque "teen movie" : ici, Forman suit le parcours heurté, drôle et pathétique des parents d’enfants disparus, regroupés bientôt dans un réseau associatif… La scène où ils essaient, ensemble, de prendre de la marijuana pour tenter de comprendre leur progéniture, pour "hénaurme" qu’elle soit, est emblématique, au fond, du ton et du propos général.

On est dans la satire. Bien sûr. Mais l’on est également dans une thématique qui est chère à ce cinéaste expatrié, réfugié politique, donc en quête perpétuelle de liberté. A travers ces "décollages" successifs, maladroits, hasardeux, d’enfants déviants et de parents déplacés, ce qu’il scrute et stigmatise, c’est le conservatisme bien-pensant, totalement frustrant de l’Amérique de Nixon. En somme, la contrainte du collectif, qu’il oppose à une émancipation individuelle. Pas forcément réjouissante, d’ailleurs. Quatre ans plus tard, il reprendra cette même dialectique dans Vol au-dessus d’un nid de coucou de façon autrement plus construite, dramatique et poignante, puisque dans l’enceinte oppressante d’un hôpital psychiatrique. Et il conclura, cette fois, malgré tout, sur une note d’espoir (l’échappée belle du Chef), quand bien même le prix de cette liberté (la lobotomie du héros rebelle) s’avèrera lourd à payer… Taking off ou comment, à partir d’un titre occasionnel sinon ironique, l’on découvre les fondations d’une œuvre.


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