Smiley Face

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Smiley face est une comédie efficace, << grand public >>, dont le charme permanent n’est pas étranger à son interprète principale, la géniale Anna Faris.

Si Mysterious skin, son précédent long-métrage, était un film grave de par son sujet (la pédophilie) et poignant, Smiley face surprend par sa constante légèreté et sa fraîcheur : Jane F, jeune comédienne sans emploi, fumeuse d’herbe décomplexée, est embarquée dans un périple de vingt-quatre heures durant lequel sa subjectivité « stone » se cognera, au fil de séquences souvent surréalistes, à la brutalité sêche du réel.

Le scénario, simple au départ (elle doit payer son dealer en un court laps de temps sous peine de le voir saisir ses meubles), se révèle, au fur et à mesure que la jeune femme avance dans sa quête d’une solution, d’une richesse et d’une inventivité très stimulantes. On se rend assez vite compte que pour le cineaste et son personnage, rien n’importe davantage que de parvenir jusqu’au bout du « trip » : Smiley face est un pur délire dont les constants débordements surprennent par la souplesse, la douceur permanente de leur exposition.

Araki est un grand formaliste. Ce qui fit sa renommée, outre sa propension à aborder des sujets « politiquements incorrects » tels que le sida, la sexualité débridée, la jeunesse sans loi, c’est son goût pour les tonalités pop est flashy, ses audaces esthétiques surprenantes au vu de ses très petits budgets (il reste l’une des références du cinema américain indépendant, presque tous ses films furent présentés au festival de Sundance). Il fut, au milieu des années 90, avec d’ autres cinéastes « borderline » comme Larry Clark, Van Sant, Hal Hartley, le symbole d’une approche arty et conceptuelle du récit.

Sans moyen, loin d’ Hollywood, ces quelques cinéastes, à l’instar de David Lynch, ont élargit les frontières du cinema, lui faisant intégrer des esthétiques, des signes appartenant a priori davantage au monde des arts plastiques, de la photographie, voire de la video. Une nouvelle vague sexy, respectueuse des audaces toujours référentielles du pop art, son appropriation critique de la way of life yankee (Warhol, of course… Bowie dans ses performances et travestissements période Ziggy Stardust).

Au service de la pure et simple fantaisie, de la légèreté, ce goût pour l’expérimentation ne s’avère, contre toute attente, jamais aggressif : de la première à la dernière image, on accompagne Jane F dans ses visions, son attention flottante et ses hallucinations avec une euphorie et un bien-être inattendus.

L’une des raisons – au-delà du seul talent du cineaste et de sa louable capacité à ne pas perdre le rythme d’un récit tout en variations de température, dérapages et rétablissements – est à n’en pas douter la grande élasticité de son actrice, Anna Faris. Popularisée grâce à la série des Scary movies, il s’avère que son véritable et grand potentiel d’actrice « comique » est ici bien mieux mis en valeur.

Il fallait une comédienne n’ayant aucune crainte de ne pas être glamour, ouverte à toutes les potentialités de « sabotage » de son image pour incarner ce personnage de Jane F, fille asexuée, ado attardée à l’existence sans but ni passion. D’un bout à l’autre, Faris plane, se vautre, est à deux doigts de la chute. On ne peut s’empêcher d’évoquer le burlesque pour définir la richesse d’une interprétation essentiellement physique, d’une maladresse d’autant plus contrôlée que résultant d’un dépassement consenti: « J’avais l’impression d’être un clown possédé. Je ne sais toujours pas d’où viennent ces expressions que j’ai dans le film. Je me suis complètement abandonnée », confesse-t-elle. Difficile de ne pas partager son abandon…

Un sujet « modeste » (moins la drogue que la subjectivité erratique et bigarrée des consommateurs), assez voisin de l’adaptation du roman d’ Hunter S. Thompson, Las Vegas parano, par Terry Gilliam (en plus zen). Un cinéaste en quête de récréation mais toujours avide d’expérimentations, ne craignant pas de déséquilibrer les codes narratifs. Une interprète généreuse de sa personne, redonnant au corps et à l’expressivité du comique féminin une nouvelle jeunesse. Voici quelques raisons de s’immerger dans les flux et vertiges colorés de ce séduisant Smiley face, objet certes mineur dans la filmographie de son auteur, non dénué de longueurs à deux ou trois moments (ces longueurs participent d’ ailleurs de son charme), mais d’une cohérence et d’une intelligence narrative et visuelle vraiment singulières.

Titre original : Smiley Face

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Durée : 85 mn


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