Slovenian Girl

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Damjan Kozole suit la descente aux enfers d´une jeune étudiante qui sombre dans la prostitution. Une fiction sociale prévisible, sans grand relief ni talent.

Janvier 2008. La Slovénie préside pour la première fois l’Union européenne. Aleksandra, étudiante de 23 ans, se prostitue via les petites annonces sous le pseudo de « Slovenka ». Dans une chambre d’hôtel, un député allemand lui claque entre les doigts, victime d’un infarctus après une surdose de Viagra. Traquée par la police, la jeune femme continue de vendre en secret ses services. Avec l’argent des passes, elle croit entrevoir la grande vie, s’achète un appartement à crédit. Mais bientôt les problèmes s’accumulent : son ex la harcèle, d’inquiétants proxénètes se mettent à rôder autour d’elle… De plus en plus seule, Aleksandra s’enferme dans un désespoir silencieux, refusant d’avouer ses ennuis à ses proches.

L’affiche du film illustre l’ambiguité du projet : la jupe relevée aguiche tandis que le regard dénonce. Barrant la culotte, le titre promet de lever un coin du voile sur la prostitution étudiante tout en restant pudique. Slovenian girl se tient en permanence dans cet entre-deux mal négocié, sans parti-pris affirmé. Conscient de traiter un sujet racoleur, Damjan Kozole souhaite éviter tous les reproches et décrit cette spirale infernale sur un mode vériste assez passe-partout. Pour désamorcer l’accusation de voyeurisme, il élude au maximum les scènes de sexe, réduites à un « avant » (la rencontre avec le client) ou un « après » (la tractation). Soucieux de ne pas minimiser non plus la condition sordide de son héroïne, il inclut une séquence plus crue, captant frontalement la violence physique et morale qui se dégage des rapports tarifés. Ellipses pudiques contre images choc… Entre violence et tendresse, distance et empathie, le cinéaste ne trouve pas son point de vue et se retranche derrière une neutralité de façade, présentant le chemin de croix d’Aleksandra comme un récit factuel et clinique. Position confortable, qui lui permet de justifier un scénario complaisant, où le pire est (presque) toujours certain. La « Fille Slovène » sera ainsi plongée dans un engrenage fatal, confrontée à des situations de plus en plus humiliantes.   

 


 
Images ternes, couleurs froides, mines sombres : le film ne lésine pas sur les moyens pour créer une ambiance lourde et anxiogène. Il embarrasse surtout par son obstination à épingler des personnages lâches et médiocres. Seule figure sympathique, le père d’Aleksandra est un perdant, vieux rocker emmuré dans ses rêves de jeunesse. Pour le reste, les seconds rôles sont au choix veules, faibles, indifférents ou pervers. Cette peinture abjecte de la nature humaine paraît trop chargée pour être honnête : sous couvert de « réalisme », Damjan Kozole noircit le tableau et ne laisse aucune chance à des êtres déjà misérables. Pourquoi accabler par exemple le meilleur ami du père, un rouquin bedonnant et frustré, qui abuse d’Aleksandra en lui jurant de rester muet sur ses activités ? Avec cette scène pénible, le cinéaste entraîne de force le spectateur dans son programme banalement misanthrope, où le beau ne saurait émerger du laid et où les bas instincts priment sur les sentiments.

Le cinéma slovène, quasiment inconnu en France, aurait pu se trouver meilleur représentant. Damjan Kozole critique une société tournée vers le capitalisme et filme Ljubljana comme une capitale grise, hostile et désincarnée. La présidence de l’Union européenne apparaît ici comme une pure mascarade, qui n’a rien apporté au pays sinon des embouteillages : « C’est le bordel… ça fait que nous coûter du fric, cette Europe ! » se plaint un chauffeur de taxi. La satire manque néanmoins de vigueur tant le réalisateur adopte un style impersonnel. Sans envergure, Slovenian girl vient grossir le lot chaque année plus fourni de ces fictions « sociales » aux codes aujourd’hui reconnus et partout imités (cadres flottants, héros filmés de dos et en mouvement…). En attendant Sponsoring de Malgorzata Szumowska, qui reviendra bientôt sur le même sujet, mieux vaut lire une solide enquête journalistique.

Titre original : Slovenka

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Durée : 97 mn


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