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Shrek 4, il était une fin

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C’est la fin de la saga, et… c’est tant mieux ! En dépit de quelques morceaux de bravoure avantageux, notamment du côté des « méchants », ce « Shrek »-là a perdu sa délectable ironie. Nulle facétie, que des bons sentiments : est-ce ainsi que les ogres vieillissent ?

Et si, effectivement, on les laissait vivre heureux, avec leurs nombreux enfants… Mais alors… entre eux ? Gentillet, propret, impeccablement aligné sur les scénarios qui réconfortent, actuellement, une Amérique en panne de repères, sinon de vérités, l’ultime volet des aventures du plus célèbre ogre vert du cinéma d’animation ne cesse de s’autoréférencer. Contrairement aux deux premiers, dont le ressort délectable était le choc des rencontres, le "cross over" des contes de fées classiques, et la parodie des plus grands films (et/ou blockbusters) de l’histoire du septième art : bref, l’ouverture, même en forme de clins d’œil. C’est dire si cet épilogue tourne en rond, quand bien même couleurs et morceaux de bravoure l’enrobent avantageusement. Disons… efficacement. Rien à faire néanmoins : le tout, réalisé par le "vétéran" Mike Mitchell (ex-petite main chez Disney, rentré chez Dreamworks en 1996), manque d’allant, de charisme, de personnalité.

Allez, Shrek 4, il était une fin a au moins ceci de remarquable : il déjoue l’inévitable lassitude qui accompagne toute saga en annonçant la couleur dès son titre… C’est fini ! Youpi ! Tel Capri – chansonnette-madeleine qui, en VF, pourrait tout à fait avoir sa place aux côtés des Lionel Richie, Carole King et autres Carpenters de la B.O. – le Royaume du Fort Fort Lointain a bien été la "ville" du "premier amour", en terme de rentabilité, des studios Dreamworks Animation. Une implantation lucrative : attractions, comédie musicale et produits dérivés à la clé. On comprend, dès lors, qu’ils ne cessent d’y revenir, ceci depuis neuf ans. Et l’on saisit, fort de ce flash originel, que chaque épisode ait apporté une pierre nouvelle à cet édifice tellement familial, au fond. Tellement raccord, surtout, avec l’idée que l’on se fait, sur les collines dorées d’Hollywood, du conte de fée.

"Mid life crisis"

La rencontre, le mariage, les enfants : ne manquait plus que l’inévitable "crise de la quarantaine" qu’adorent agiter, en guise de spectre à deux balles, les scénaristes outre Atlantique. Nous y voici, nous y voilà… D’ailleurs, celui qui s’y colle cette fois-ci, c’est Josh Klausner… Pas le moins pétillant, puisqu’il est l’auteur de l’excellente comédie Crazy night (avec l’excellent Steve Carrell), celle-là même qui repose sur le pétage de plombs, le temps d’une folle nuit, d’un couple… de quadras petits bourgeois du New Jersey. A croire que l’ami Josh, obsessionnel, se débat lui-même dans les affres de la maturité : l’argument de ce Shrek 4, donc, c’est qu’à force de s’être assagi, domestiqué par Fiona et leur petite maison dans la prairie (le sous-bois, en fait), le géant vert s’ennuie. Ça tombe bien: non loin de là, un horrible lutin dénommé Tracassin (exhumé d’un conte de Grimm) fomente un non moins horrible "coup d’état". Tada… Ce gros balourd de Shrek – on n’est toujours pas sérieux quand on a quarante ans… – va se retrouver transporté dans un monde parallèle (et méchant), à la suite d’un pacte faustien. Va-t-il réussir à déjouer le sortilège, repasser de l’autre côté du miroir, rétablir la paix et, incidemment, retrouver sa petite femme, ses bambins, sa maisonnée et ses amis ?

"Happy end"

Ben voui, forcément : clairement destiné à un public familial, qui n’aime rien tant que les fins heureuses, c’est bien connu, ce quatrième et dernier épisode est assez affligeant de bienséance, de petite morale politiquement correcte. C’est d’autant plus décevant lorsque l’on se souvient de l’impertinence des deux premiers opus. Un goût de la transgression qui avait l’audace, fin et malin, d’opérer aussi bien dans le premier que le second degré. Du coup, chaque tranche d’âge – enfants, ados, adultes – pouvait se régaler. Et c’est une des raisons pour lesquelles la saga Shrek se distinguait, ouvrant ainsi une nouvelle voie au cinéma d’animation grand public. Là, tel quel, avec sa cour de personnages recyclés (ils sont venus, ils sont tous là, ça ressemblerait presque à… un enterrement !), on cherche en vain la facétie, la fantaisie. Même le surpoids du Chat Potté, confident trop choyé de Fiona, n’arrache qu’un sourire triste.

Bouh… Est-ce ainsi que les ogres et autres créatures magiques vieillissent ? La seule lumière scénaristique, dans ce monde terne travaillé par les forces obscures, c’est, justement, la figure de Tracassin (et l’apparence de ses perruques, extravagantes, qui évoluent à la mesure de ses humeurs et de sa suffisance). Egalement celle de ses courtisans (dont l’armée, assez impressionnante visuellement, de sorcières). Un peu d’humour dans un monde pain d’épices. Un peu de chaos dans un univers lissé de toute aspérité : de fait, les batailles sont particulièrement soignées, tout autant que leurs accessoires. On aurait juste aimé que ce mauvais esprit contamine un peu plus le film. Quinze jours avant la sortie en salle de Toy story 3, concurrent évident et probable raz-de-marée estampillé Pixar, Shrek 4 aurait pu, ainsi, faire entendre sa différence. N’était-ce pas le propos, à l’origine, du célèbre roman de William Steig ? On en est loin. Et ce n’est pas la 3D – argument de rentabilité supposée, tout aussi normatif – qui changera quoi que ce soit à ce "happy ending" convenu. Usé. Ils vécurent heureux, mais sans nous. C’est tout.

Titre original : Shrek Forever After

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Durée : 93 mn


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