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Rencontre avec Sandrine Kiberlain

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Révélée, puis encensée dans des rôles dramatiques, Sandrine Kiberlain témoigne pourtant dans << Romaine par moins 30 >> (en salles le 29 avril) d´un tempérament burlesque finement poétique. Rare.

Frôlant la poésie pour le meilleur, et le ridicule pour le pire, la tentation du burlesque n’est pas chose facile au cinéma. Singulièrement sous nos latitudes latines. Force est de constater que ce sont les Anglo-Saxons qui, avec leur sens inné de la litote et de l’autodérision, manient le plus avantageusement l’absurde. Est-ce la raison pour laquelle Agnès Obadia a choisi « d’exporter » son personnage récurrent – Romaine, déjà croisé dans un court et un long métrages – au fin fond du Canada (le moins 30 du titre ?). Le fait est que son nouvel ouvrage, s’il témoigne d’un joli culot, ne transforme pas tout à fait l’essai (en plus, ça se passe au Québec !). Reste que Sandrine Kiberlain, quelque peu en retrait du grand écran depuis qu’elle a entamé une carrière parallèle de chanteuse, enfile ces moufles nouvelles avec l’aisance dégingandée qu’on lui connaît. Imperturbable et savoureuse, gracieuse même dans les situations les plus rocambolesques, voire hostiles. En témoigne cet entretien, réalisé fin mars dans un restaurant particulièrement animé et surchauffé, lors des 13e Rencontres du cinéma de Gérardmer. Et tandis qu’il neigeait alentour. Histoire d’être tout à fait raccord…

C’est la première fois que le personnage de Romaine est interprété par une comédienne, et non plus par Agnès Obadia elle-même…

Agnès, je l’ai rencontrée dans un festival il y a très longtemps. J’ai été charmée par elle. Elle est extrêmement sympathique. A l’époque, je m’étais dit que l’on aurait pu être copines. Et puis, bien plus tard, j’ai reçu ce scénario. J’ai adoré le titre et le prénom m’évoquait déjà le personnage. J’ai aimé aussi la construction déconstruite du scénario. Je savais qu’Agnès avait tourné d’autres épisodes de Romaine, mais je n’ai pas voulu les voir. D’ailleurs, je ne les ai toujours pas vus ! Je devais emmener sa Romaine dans une contrée inexplorée, je la voyais gauche, un peu comme un personnage de BD… Voilà. Au début, c’est vraiment une fille qui ne sait pas qui elle est. Au fond, à bien y réfléchir, c’est rare que l’on me propose des personnages décalés !

Sophie Fillières, Laurence Ferreira Barbosa, Laetitia Masson et à présent Agnès, on retrouve pas mal de réalisatrices dans votre filmographie.

C’est vrai ! J’aime bien travailler avec des femmes. Il y a un truc de reconnaissance, d’identification entre nous. Avec les metteurs en scène hommes, la séduction joue autrement, ils ne recherchent pas la ressemblance. Là, sans le savoir, il se trouve qu’Agnès avait écrit des scènes qui résonnaient intimement avec ce que j’avais pu vivre. Il m’est arrivé aussi, comme Romaine, que l’on choisisse pour moi, et pas pour des petites choses !

C’est l’humour et le burlesque du scénario qui vous ont convaincue d’aller tourner par moins 30 à l’autre bout du monde ?

C’est sûr qu’au départ, je me sentais plus apte dans une situation par plus 30°C ! En même temps, je me suis dit que la neige était un truc extrêmement cinématographique. Et puis… L’inconnu, ça m’amusait ! Bon, après coup, je crois que dans les scènes de froid Agnès et moi nous étions toutes les deux complètement inconscientes… Malgré tout, ce qui était très plaisant, c’est que l’itinéraire de Romaine ne suivait aucun schéma. Et de fait, on ne peut pas deviner où elle va aller. Ça j’aime beaucoup : ce mélange d’imprévus, de loufoquerie mélancolique et de bonne humeur.

Il semblerait, en tout cas, que ce froid vous ait boostée : on vous retrouve prochainement dans deux nouveaux films…

Oui, d’abord dans Le Petit Nicolas, l’adaptation de Laurent Tirard de l’œuvre de Sempé et Goscinny et puis dans Mademoiselle Chambon, là encore une adaptation, mais du roman d’Eric Holder. C’est drôle, j’y pense tout à coup, par rapport à ce que je vous disais tout à l’heure de la relation d’une comédienne à un metteur en scène, et du fait de pouvoir correspondre à une vision. Dans ces deux films, réalisés tous deux par des hommes, hé bien… Je joue une institutrice. Ça doit sûrement vouloir dire quelque chose sur moi. Ou sur eux. Non ?


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