Select Page

Rock’n’Love

Article écrit par

Pour citer on ne sait quel couillon amoureux dans une oubliable comédie romantique : << John Lennon says love is the answer >>.

En plus d’être la réponse, le scénariste de Rock’n’Love (You Instead en version originale) en fait l’objet de la quête générale de sa rom-com en festival.

Hasard de calendrier, un autre film de David Mackenzie est sorti en salles fin mars. Film catastrophe intimiste, où la romance se déclinait par la perte des sens, Perfect Senserappelait qu’il est un cinéaste passe-partout, distillant une poésie un peu mièvre (My Name is Hallam Foe) ou officiant pour Ashton Kutcher (Toy Boy). Le britannique s’est bâti une carrière pleine de films sentimentaux, avec déclinaison de genres, époques et subterfuges pour toujours atteindre l’idylle.

Celui-ci ne fait pas exception, mais pour une fois, l’élément interchangeable de tous ses films, le décor, le cadre, prend ici une place moins secondaire, et autant le dire plus porteuse. Filmé en quelques jours durant l’édition 2010 du festival écossais T in the Park, le projet met en scène de jeunes musiciens. Lui est un rockeur US à succès, anémique tendance Mick-métrosexuel-Jagger, tandis qu’elle navigue encore dans les eaux de l’amateurisme avec son groupe de filles, les Dirty Pinks.

Dès la seconde scène du film, un responsable de la sécurité, accessoirement grand gourou de la musique (sic), entend par hasard leur dispute puérile alors qu’ils viennent juste de se rencontrer. Ni une ni deux il se précipite vers eux et les attache ensemble avec une paire de menottes, pour leur donner une belle leçon de fraternité musicale. Bien que léger, cet argument initial impulse du rythme dès le début du film, puisque Morello (elle) et Adam (lui) ont tous les deux des concerts à honorer, et s’en vont, paniqués et en colère, à la recherche de l’outil idéal pour se séparer.

 

L’amour et son heureux dénouement viendra donc par l’entremise d’une liaison forcée, d’une collusion physique imposée par les menottes. Le sous-texte sexuel, comme le pyjama partagé par Claudette Colbert et Gary Cooper dans La Huitième femme de Barbe Bleue de Lubitsch, où le jus d’orange renversé sur le tee-shirt de Julia Roberts dans Coup de foudre à Notting Hill de Michell, ne gâte rien, et sera plutôt délicatement exploité par le réalisateur.

Le film fonctionne bien lorsqu’il trace en plein festival gadouilleux les ennuis découlant de cet attachement subi. L’intimité est directe, la rencontre avec les conjoints respectifs plus une option, puisqu’il faudra désormais dormir ensemble, enfiler un manteau à deux, et même partager l’affiche (jolie scène de l’improvisation de "Tainted Love"). Au départ les corps s’entrechoquent, malhabiles à fonctionner à l’unisson, puis l’ambiance du festival, l’alcool, l’ivresse de la musique perpétuelle finissent d’entériner la connivence, jusqu’au moment où le corps épuisé de Morello refusera la présence constante d’un étranger à ses côtés.

Le déroulement est classique, faisant halte à chaque balise du genre, avec quand même un ton assez décontracté, servi par des dialogues gouailleurs, un ou deux personnages secondaires honorables, mais surtout par le festival lui-même. Dynamisant les enjeux, riches en lieux insolites, en activités visuellement exploitables (la danse, les manèges, les soûleries), l’événement offre au film son petit supplément d’ambiance.

On ressent tout d’abord un certain plaisir à l’impression de tournage sur le vif, réalisé en quatre jours avec caméra à l’épaule complice, aussi mobile que le sont les personnages. Puis progressivement, les plans grues, les effets spéciaux assez visibles de la scène finale, l’exceptionnelle qualité des captations sonores et les inserts de plans d’ambiances du festival réalisés par la troisième équipe font vite abandonner l’idée d’avoir affaire à un film rock un peu fauché. Modèle de production classique donc, qui s’encanaille chez les jeunes rockers, nous vendant toujours un peu la même idée, pas bien révolutionnaire mais charmante : l’amour est bien évidemment la réponse.
 

Titre original : You Instead

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 80 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…