Résonances au Magic Cinéma à Bobigny

Article écrit par

Du 3 au 8 novembre se tiennent à Bobigny les 11èmes rencontres du cinéma citoyen. Avant-premières et reprises tissent un parcours engagé, avec de nombreux documentaires, des fictions sociales et une place de choix réservée au Printemps arabe.

« Rêves, Révoltes, Révolutions » : le sous-titre de la nouvelle édition du festival Résonances ne recule pas devant ces mots puissants, qu’on pourrait croire usés, trahis ou corrompus à force d’être partout repris et déformés. Orné de citations d’Albert Camus, Kateb Yacine ou Georges Bataille, le programme affiche fièrement sa ligne politique. La ville de Bobigny, dont le cœur bat communiste depuis bientôt un siècle, célèbre ainsi de jeudi à mardi les résistances d’hier comme d’aujourd’hui. Du Larzac des années 70 à la bouillonnante Tunisie post-Ben Ali, des filatures de coton du Sud des Etats-Unis aux chantiers navals de Nantes, la sélection balaie les époques et les frontières, traverse le Maghreb et le Moyen-Orient pour nous mener, via Robert Guédiguian, jusqu’aux Neiges du Kilimandjaro !

Le 3 novembre, la soirée d’ouverture (à partir de 18h30) mettra en parallèle deux portraits de femme, brossés à trente ans d’intervalle : le fameux Norma Rae (Martin Ritt, 1979) trouvera certainement un écho dans le récent Louise Wimmer (Cyril Mennegun, 2011), révélé à la dernière Mostra de Venise. Le lendemain soir, les spectateurs seront conviés pour un départ Tous au Larzac – comme le claironne Christian Rouaud : après Les Lip – L’imagination au pouvoir, le cinéaste poursuit son exploration des combats politiques de l’après-68 et revient sur ce long bras de fer entre les paysans et le ministère de la Défense, qui souhaitait récupérer leur territoire pour agrandir un camp militaire. La projection sera précédée d’un « café des savoirs » autour des luttes sociales.
 

Sur la planche (Leila Kilani)
Au centre de ces 11èmes rencontres, le week-end sera entièrement consacré au « Printemps arabe » avec pas moins de cinq projections, une table ronde (samedi 5 à 16h30) et une exposition regroupant dix photojournalistes. L’occasion idéale pour voir dans la foulée le sombre et anonyme Fragments d’une révolution (primé au Cinéma du Réel) – où les vidéos glanées sur le Net dessinent un intense témoignage de la contestation en Iran – et l’impressionnant Tahrir de Stefano Savona, qui capte au jour le jour la rage des manifestants sur la place centrale du Caire, avant le renversement d’Hosni Moubarak. A ces documentaires importants succèderont Sur la planche de Leila Kilani, qui trouvera le chemin des salles en février prochain, et que la rumeur annonce depuis son passage à la Quinzaine comme l’étendard du jeune cinéma marocain. Déjà sorti, Plus jamais peur du tunisien Mourad Ben Cheikh sera quant à lui diffusé le dimanche à 17h30, après le très rare Je suis celle qui porte des fleurs vers sa tombe, tourné à quatre mains en Syrie par Hala Alabdalla Yakoub et Ammar Al Beik.

La semaine reprendra avec une carte blanche à l’association Périphérie, implantée depuis plus de quinze ans dans le département de la Seine Saint-Denis, et qui défend toujours activement la création documentaire. Elle proposera lundi 7 une double séance autour de « la classe ouvrière », croisant Entrée du personnel de Manuéla Frésil, lauréate en juillet de la compétition française au FID de Marseille, et le classique Une chambre en ville de Jacques Demy (1982). Hormis les déjà bien commentés Polisse de Maïwenn et Tomboy de Céline Sciamma, le cinéma français trouvera donc son ultime représentant dans l’insubmersible Robert Guédiguian, qui arpente une fois encore les trottoirs de Marseille, avec sa fidèle troupe d’acteurs (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan) revitalisée au contact de la jeune génération (Grégoire Leprince-Ringuet et Anaïs Demoustier). Présenté en avant-première, Les Neiges du Kilimandjaro constituera le point final d’une « manifestation » cinématographique engagée et engageante.

INFOS PRATIQUES

Résonances, 11e Rencontres du cinéma citoyen – Magic Cinéma

Adresse

Centre commercial Bobigny II
Rue du Chemin Vert 93000 Bobigny
Métro, bus, tram : Bobigny Pablo Picasso
Sortie en face du cinéma
Accessible aux personnes à mobilité réduite

Tarifs

Une place : 4,5 Euros
Carte festival 5 places (Utilisable à plusieurs) : 15 Euros

Téléphone
01 41 60 12 34

Le programme complet disponible sur : www.magic-cinema.fr

 


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Journal intime

Journal intime

Adapté librement du roman de Vasco Pratolini, « Cronaca familiare » (chronique familiale), « Journal intime » est considéré à juste titre par la critique comme le chef d’œuvre superlatif de Zurlini. Par une purge émotionnelle, le cinéaste par excellence du sentiment rentré décante une relation fraternelle et en crève l’abcès mortifère.

Été violent

Été violent

« Eté violent » est le fruit d’une maturité filmique. Affublé d’une réputation de cinéaste difficilement malléable, Zurlini traverse des périodes tempétueuses où son travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cet été
violent est le produit d’un hiatus de trois ans. Le film traite d’une année-charnière qui voit la chute du fascisme tandis que les bouleversements socio-politiques qui s’ensuivent dans la péninsule transalpine condensent une imagerie qui fait sa richesse.

Le Désert des tartares

Le Désert des tartares

Antithèse du drame épique dans son refus du spectaculaire, « Le désert des Tartares » apparaît comme une œuvre à combustion lente, chant du cygne de Valerio Zurlini dans son adaptation du roman éponyme de Dino Buzzati. Mélodrame de l’étiquette militaire, le film offre un écrin visuel grandiose à la lancinante déshumanisation qui s’y joue ; donnant corps à l’abstraction surréaliste de Buzzati.

Les Jeunes filles de San Frediano

Les Jeunes filles de San Frediano

Ce tout premier opus de Valerio Zurlini apparaît comme une bluette sentimentale. Clairement apparentée au “néo-réalisme rose”, la pochade, adaptant librement un roman de Vasco Tropolini, brosse le portrait d’un coureur de jupons invétéré, Andréa Sernesi, alias Bob (Antonio Cifariello).