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Ping Pong Summer

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Déclaration d´amour aux teen movies 80’s, mais pas seulement, « Ping Pong Summer » se veut aussi l’anthropologue de leurs rituels.

 "Stop being a loser and kiss the girl!"

Timide et solitaire, Rad, 13 ans, ne jure que par le ping pong, les vêtements Nike, le hip-hop et le beatbox. Chez lui, comme chez la plupart des adolescents de son âge, chaque geste, chaque action ne sont que gaucherie et maladresse. Pendant les vacances d’été 1985, qu’il passe à la mer dans le Maryland avec ses parents et sa sœur gothique, il fait la rencontre de Teddy Fryy, futur meilleur ami, supposé breakdancer à ses heures. Mais c’est sa rencontre avec Stacy Summers, accro notoire au sucre pétillant, qui va faire basculer le séjour de l’adolescent. Pour la séduire et prouver au monde qu’il n’est pas seulement un loser, Rad va affronter au ping pong un gosse de riche arrogant du nom de Lyle Ace au Fun Hub, la salle d’arcade la plus cool d’Ocean City. C’est certain : cet été ne sera pas comme les autres et pourrait changer sa vie à jamais…

À première vue, Ping Pong Summer a tout du teen movie américain ensoleillé gentiment cocasse déjà vu cent fois. Quoiqu’un brin plus épicé que la moyenne, il intègre à peu près tous les ingrédients fétiches du genre : le loser, le pote loser, la fille pas très distinguée que tous les ados s’arrachent, le bellâtre en carton et sa voiture de sport, les parents braves mais décérébrés, le décor désincarné summum de la banalité…  Bref tout ce qu’il faut de poncifs et de stéréotypes pour que tout un chacun s’y retrouve d’une manière ou d’une autre. Mieux vaut donc ne pas s’attendre à une quelconque réécriture de cette frange pourtant déjà bien élimée du cinéma qu’est le film d’adolescents pour apprécier Ping Pong Summer. Toutefois, à y regarder de plus près, quelques dérèglements et aspérités surprenants exsudent ici ou là de ce tableau éculé, distinguant le film de Michael Tully du simple hommage aux teen movies de seconde zone à la Karaté Kid (John G. Avildsen, 1984).

Sans avoir la prétention d’effleurer le dispositif de dévoilement d’un Breakfast Club (John Hugues, 1985), le cinéaste réussit la prouesse de distiller un effet de réel dans quelques-unes des séquences les plus clichées et balourdes qui soient – bel équilibre entre humour gras et subtilité du portrait humain, quelque part entre Les Beaux Gosses (Riad Sattouf, 2009) et Le Tigre rouge (Corey Yuen, 1985). Voir Rad esquisser fièrement quelques pas de danse hip hop sur le perron façon ver de terre le baladeur sur les oreilles sous le regard médusé du voisin est évidemment drôle. Mais le plus comique est le degré de réalisme atteint par cette même situation. Une chose est sûre : Michael Tully a le souci du détail connaît bien cette période charnière de l’adolescence, où chacun rivalise de mimétismes plus ou moins grotesques pour définir son individualité. Reste qu’à ce moment précis de l’existence où tout semble acquis et accessible, les ados ne sont pas tous logés à la même enseigne en matière de ridicule. À ce titre, la posture de Rad, plus proche de l’insouciance que de la désinvolture, atteint des sommets de candeur licencieuse. C’est d’ailleurs précisément ce télescopage entre innocence et inconvenance, entre la vision du monde d’un jeune ado et celle inhérente au monde adulte, qui rend possible les plus belles équivoques.

 

Côté mise en scène, Tully a joué la carte de l’idolâtrie pour peindre l’atmosphère délavée de la station balnéaire d’Ocean City, Maryland. Si l’ambiance années 1980 a été recrée avec un soin appliqué, la prouesse est surtout d’y être parvenu sans aucun maniérisme, ou presque. Ainsi, même si le réalisateur n’échappe pas complètement à l’exercice de style, il réussit à traiter la période de l’adolescence et les 80’s non pas sous le prisme de l’imaginaire mais sous un angle quasi documentaire. À l’inverse des films des années 80 dont il s’inspire, Ping Pong Summer n’enjolive pas la réalité et n’essaye pas de représenter une vision idéalisée des espaces et des personnages croisés. C’est d’ailleurs probablement cette relecture minimaliste arty sans filtre ni paillettes des classiques du genre qui permet au film de se distinguer de la masse des teen movies. Mieux : ce recul permanent, à la fois sur les micro-évènements ponctuant l’existence d’un adolescent et les composants incontournables propre aux teen movies, dessine une forme de métalangage décortiquant cette sous-branche du cinéma. Certes, la formule est donc en définitive limitée et prévisible, mais la distance prise d’avec le sujet densifie le propos. Par ailleurs, la performance des acteurs, pour la plupart amateurs, renforce le décalage de ce film indé à double-fond. Guest star fantasque et farfelue, Susan Sarandon incarne quant à elle le fameux personnage marginal raccordant l’univers adulte et celui des ados. Un élément clé indispensable qui, à l’instar d’un Mr. Kesuke Miyagi dans Karaté Kid, rend possible la fable d’apprentissage. Mais aussi, pour Tully, une sorte de faire valoir loufoque permettant à Ping Pong Summer d’entrer dans la catégorie des bizarreries cools. À noter, enfin, pour la touche fan service, la présence au casting de Léa Thompson en mère cruche, qui devrait valoir à certains quelques réminiscences de rôles cultes des années 1980, comme Lorraine McFly dans Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985), ou Amanda Jones dans L’Amour à l’envers (Howard Deutch, 1987).

À défaut de faire date, Ping Pong Summer sécrète en somme ce petit quelque chose de capiteux qui le distingue du flot habituel de productions ineptes pour ados. Un petit vent de nostalgie rock fm pas déplaisant en période estivale.

A lire aussi, nos Clubs du cinéphile consacrés aux Teen movies US part I et part II.

Titre original : Ping Pong Summer

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Durée : 92 mn


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