Petits secrets

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En 1992, le premier long-métrage de Pol Cruchten, Nuits de Noces, était aussi le premier film luxembourgeois présenté à Cannes en sélection officielle (Un certain regard). Après deux autres longs-métrages, dont un tourné aux États-Unis (Boys On the Run), Pol Cruchten propose avec Petits secrets un film d´apparence plus intime, adapté d´un roman luxembourgeois à succès (<< Perl oder Pica >>).

Petits secrets est la chronique de la vie de Norbi et de sa famille, habitants d’une petite ville du Luxembourg en 1962. La fiction s’ouvre sur des images d’archives de l’occupation allemande au Luxembourg pendant le second conflit mondial, commentées en voix-off par Norbi. Cette introduction synthétise le propos du film : décrire comment un enfant voit et vit le monde qui l’entoure, de son environnement familial, jusqu’à la grande histoire et les traces qu’elle a laissées dans le quotidien du petit héros.

La vie de Norbi l’écolier, Norbi l’enfant de chœur et Norbi l’apprenti adolescent s’entrecroisent en une peinture douce-amère du quotidien, entre découverte de ce qui est nouveau, d’un changement fébrile à venir, et d’un quotidien immuable. Se côtoient dans le film une école rigide, dont l’éducation stricte nous rappelle combien 68 est encore loin, et l’amour secret de la sœur de Norbi pour les Beatles, le twist, Kennedy et l’Amérique. De même, la posture crispée d’un père sévère est sans cesse adoucie par la figure maternelle, dominée en apparence, mais dont les talents de professeur d’éducation sexuelle font paraître la bigoterie du père bien risible.

Le père de Norbi justement, catholique pratiquant austère et maniant le martinet plus vite que son ombre, n’est pas la figure figée et immuable qu’on aurait pu craindre, mais un homme en proie au questionnement, hanté par l’occupation allemande et le passé collaborationniste de son pays. La mère, la sœur et une tante, éprise de mode et de coiffure ahurissantes, portent à l’enfant une affection sans borne, et lui offrent quelques bouffées d’air libertaires dont il s’accommode très bien.

Par l’utilisation parcimonieuse de la voix-off, le réalisateur rend perceptible le point de vue si particulier d’un enfant : l’aveuglement de l’enfance, dont le regard ne peut pas encore saisir une situation dans son ensemble sans en omettre certains traits essentiels à sa compréhension, et en même temps cette lucidité dans la perception du monde des adultes, sensible et drolatique.

La découverte par Norbi d’une note mystérieuse dans les carnets de compte de son père va l’amener à questionner son entourage pour percer cette quantité de petits secrets qui feront le sel du récit. Aidé par une reconstitution minutieuse et une bande son judicieuse, le récit, sans heurts ni grands rebondissements n’en est pas moins accrocheur, tant il nous rappelle à notre propre enfance, par la justesse d’observation de menus détails. Un pull déchiré après une bagarre, synonyme de punition, un nez ensanglanté, une bêtise cruelle mais assumée, une BD interdite que Norbi s’obstine malgré tout à lire, et les interrogations de l’enfant remettant incessamment en question le monde et les choses, annoncent concrètement cette douce rébellion à l’autorité patriarcale, inscrite dans l’ordre des choses.

Si filmer l’enfance n’est jamais une chose facile, Pol Cruchten trouve une tonalité juste, en imposant le point de vue de l’enfant sans que son film ne soit justement bêtifiant ou enfantin, mais au contraire pertinent et émouvant, à hauteur d’homme. A conseiller à tous les adultes, accompagnés d’enfants… ou pas.

Titre original : Perl oder Pica

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Durée : 86 mn


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