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Livre « La Passion de Tony Soprano » d’Emmanuel Burdeau

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Premier opus d’une nouvelle collection des éditions Capricci, ce parcours à la fois passionné et théorique de l’une des séries les plus importantes de ces dernières années concerne bien le cinéma, voire plus encore.

Premier opus d’une nouvelle collection des éditions Capricci (« Actualité critique »), La Passion de Tony Soprano est avant tout un livre d’authentique fan. En effet, son auteur, Emmanuel Burdeau, en même temps qu’il décrypte sur presque cent pages l’une des plus fameuses séries américaines de la décennie passée, ne manque jamais d’associer au travail de réflexion une déclaration d’admiration de tous les instants. Risque principal de ce type de positionnement, pas forcément toujours esquivé : être trop proche de son sujet, être tellement requis d’une volonté d’exhaustivité qu’à quelques moments cette proximité pourrait valoir comme clôture. Rien de plus difficile que d’allier à l’expression d’une passion (en l’occurrence ici celle de l’auteur pour cette série) la distance, l’apparente neutralité parfois essentielle à l’appréhension propre d’un lecteur (a priori lui-même partageur de cette passion).

La force d’Emmanuel Burdeau est pourtant de croire suffisamment en la dimension culturelle acquise par la série depuis son arrêt en juin 2007 pour faire prioritairement de ce livre un dialogue publique avec chaque composante, chaque motif des Soprano. Divisé en quatre chapitres, La Passion de Tony Soprano est comme une retranscription, une mise en scène par un spectateur de série de sa propre place dans la structure comme dans la diffusion de cette série. L’écriture à même le détail de Burdeau, la récurrente analogie entre les personnages de cette série mafieuse et le sort du fidèle de leurs aventures interpellent ainsi d’autant plus qu’au final, tout est ici affaire de circulations entre l’écran de télévision et celui qui de jour en jour, d’épisode en épisode accepta l’accord tacite d’être toujours au rendez-vous. Expérimentation brillant dans ses grands moments (particulièrement lorsque l’auteur évoque les questions de la préparation par David Chase d’une mort de personnage principal, d’une mafia jamais aussi inquiétante que lorsqu’elle se coule dans l’ordinaire, mais surtout du rapport de ces mafieux de télévision aux grands films ayant proposé jadis un regard sur leur milieu – entre autres les trois Parrain de Coppola, pour la dimension mythologique et Les affranchis de Scorsese pour une dimension plus triviale) par sa manière de mettre en lumière la problématique même de cette seule série, sa raison de s’être perpétuée sur pas moins de six saisons.

« Actualité critique » – ce livre comme celui de Philippe Azoury dont nous parlons plus haut le laissent deviner chacun à leur manière, tout en se rejoignant par une commune proximité de l’auteur avec son sujet – s’annonce pour les toujours stimulantes Editions Capricci comme une collection plus soucieuse encore de proposer des directions de pensée critique à la fois ambitieuses et accessibles. Parler de Tony Soprano, consacrer un livre moins au phénomène des séries qu’à une série se distinguant par son assimilation progressive de toutes les préoccupations ou presque de son temps (ce qui n’est pas forcément le lot des séries « de genre », plus sujettes au suivi inflexible d’un cahier des charges aussi solide que restrictif – Les experts, 24 heures chrono, Law and order, Dexter, Desperate Housewives…), c’est alors tenter d’amorcer une conversation plus large autour du présent, des images, histoires et références populaires d’aujourd’hui.

La Passion de Tony Soprano d’Emmanuel Burdeau, éditions Capricci, Collection « Actualité critique », 2010.
 
 


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