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L’Hypnotiseur

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Un tout petit polar venu du nord.

Il ne faut pas laisser passer un filon quand il se présente. Le succès du polar scandinave en librairie ces dernières années devrait laisser présager une série d’adaptations cinématographiques en masse dans les années à venir. Il est même étonnant qu’il y en ait eu encore si peu. Lasse Halström, suédois d’origine mais plus connu pour ses films aux États-Unis (Gilbert Grape, 1993 ; Le Chocolat, 2000), s’attaque en Suède au premier tome de la série des aventures de l’inspecteur Joona Linna : L’Hypnotiseur. Gros tirage pour une réception parfois moyenne, sous le pseudo de Lars Kepler, le couple d’auteur Alexandra et Alexander Ahndoril reprend à la lettre les recettes de ses aînés, leur nom de plume étant en partie un hommage à Stieg Larsson. Univers contemporain violent, intrigues complexes qui s’entremêlent jusqu’à ne faire plus qu’une, personnages borderline et climat nordique… Le tout semble parfois un automatisme dans le film d’Halström. Joona Linnaest en charge du meurtre d’une famille dont seul le fils, dans le coma, a survécu. Il fait appel aux talents d’hypnotiseur d’un ancien médecin pour tisser les fils de son enquête. Avec Trance de Danny Boyle, la fascination vaguement ésotérique pour l’hypnose est au cœur du cinéma cette semaine.

De manière étrange, L’Hypnotiseur donne le sentiment ambivalent d’être à la fois extrêmement bien ficelé et extrêmement expéditif. Bien ficelé car l’attention portée au détail, anodin mais qui se révèle décisif, est impressionnante. À tel point que l’ensemble manque parfois un peu de naturel tant tout s’enclenche à la perfection, à la manière d’un Grand Dessein d’un auteur un peu trop démiurge. Expéditif car, à l’inverse, certains éléments narratifs cruciaux pâtissent d’un manque de soin étonnant. Les enjeux majeurs sont ainsi souvent balancés à la va-comme-je-te-pousse. Nécessaires au récit, ils doivent être présents ; mais peu semble importer la façon de les introduire, au risque de décrédibiliser le film. Le même empressement est palpable dans la mise en scène qui oscille entre étude attentive des personnages, que la caméra, pourtant souvent proche, semble éloigner par un léger surplomb, et manque de clarté du montage (l’échelle des plans et les scènes d’action ne sont vraiment pas le fort d’Halström).

 

Pourtant, malgré ses sorties de route, L’Hypnotiseur parvient à installer quelque chose de troublant à l’image des plans d’ouverture et de clôture sur Stockholm sublimes qui auraient mérité d’être développés (la présence ici menaçante de la Tour de Kaknäs, ou tour TV, est une belle piste inexploitée). Le film ne recule pas devant la représentation d’une violence malsaine qui, une fois n’est pas coutume, n’est pas complaisante et vient heurter le spectateur. De même, le couple de l’hypnotiseur et sa femme est l’une des belles réussites du film. Et l’écueil majeur de Halström est sans doute de ne pas les avoir placés au centre de son récit. Le réalisateur semble perclus par un respect malheureux du roman (centré sur la figure du flic) alors que c’est manifestement le couple déchiré par la perte de leur enfant qui l’intéresse. Tout ce que le personnage de l’inspecteur peut apporter dans une série (son caractère, ses adjuvants, un comique de répétition, et caetera) tombe ici à plat et paraît complètement déplacé. Avec en son centre, un personnage fantoche inconsistant qu’il fait tout pour ne pas exploiter, L’Hypnotiseur est forcément bancal. Quelque chose pourtant le traverse, quelque chose qui montre que ce qui a sans doute intéressé le réalisateur dans le roman c’est le drame et les tensions qu’il crée plus que l’intrigue policière et le suspense dont il a tant de mal à se dépétrer. C’est un tout autre film qui serait né et qu’on entrevoit par intermittence dans L’Hypnotiseur. C’est peu, mais ajouté à la beauté de certains plans sur Stockholm et ses environs, ce n’est déjà pas si mal.

Titre original : The Hypnotist

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Durée : 122 mn


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