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Les Suffragettes

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Evocation académique mais habitée du mouvement des suffragettes, portée par l´interprétation sans faille de ses actrices.

Nous sommes dans l’Est de Londres, en 1912. Cela fait bientôt dix ans qu’Ememeline Pankhurst (Meryl Streep en guest-star) a fondé l’Union nationale pour le suffrage féminin (National Union of Women’s Suffrage), visant à obtenir le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni. Maud (Carey Mulligan) a une vingtaine d’années, elle s’esquinte la santé comme blanchisseuse à Bethnal Green, où elle doit composer entre journées de travail interminables et harcèlement de son patron, avant de rentrer s’occuper de son mari et de son fils en bas âge. Quand elle se retrouve à devoir témoigner devant la Chambre des communes, elle a tôt fait de s’engager du côté des suffragettes. Les actions pacifiques ne servent à rien, Maud et quelques autres femmes se radicalisent, multipliant les actes de militantisme violents dans l’espoir d’enfin faire entendre leur voix dans une société patriarcale. Les Suffragettes, plus qu’un biopic à proprement parler, est l’histoire de la naissance d’un engagement politique et, c’est la première bonne surprise, ne verse jamais dans l’idéalisation de son combat – les fruits du mouvement ne porteront qu’en 1918, quand le Parlement britannique accordera aux femmes de plus de trente ans de pouvoir voter.

Le film de Sarah Gavron (Rendez-vous à Brick Lane, 2008), lui, se termine en 1913, et ne dévie jamais de sa ligne claire : raconter l’histoire d’un combat étrangement jamais porté à l’écran jusqu’ici, à travers un personnage fictif qui serait l’étendard de toutes les femmes ayant participé au mouvement des suffragettes. Maud condense idéalement les aspirations inavouables des femmes à une époque où la notion même de féminisme en était encore à ses balbutiements : elle est de tous les plans, et Gavron la filme de très près, ne la lâche jamais, de la naissance de ses convictions à ses vacillements – faire exploser une bombe dans la villa d’un ministre, est-ce franchir une ligne rouge ? Assez académique dans sa mise en scène – couleurs ternes, tabliers crottés et chaussures usées jusqu’à la corde sont légion, témoins d’une reconstitution historique diligente -, Les suffragettes, s’il est du côté de l’admiration de son combat, n’en élude pas les ambiguïtés. Ainsi du personnage d’Alice, qui lâchera le groupe quand il se radicalise, soulignant les doutes qui ne manquent pas d’assaillir ce bataillon de femmes.

 

L’académisme formel permet paradoxalement d’assécher le propos : Les Suffragettes est un film sans fioriture – pourtant l’apanage des films historiques -, concentré sur ses personnages. C’est d’ailleurs eux qui en font un spectacle fort recommandable, tous bien dessinés : d’une suffragette qui concilie mal son engagement et l’opulence dans laquelle elle baigne, à un mari aimant (Ben Wishaw, toujours parfait) mais englué dans ses prérogatives de mâle dominant, Sarah Gavron les fait exister sans peine, en quelques traits de caractère. Mais ce sont Carey Mulligan et Helena Bonham Carter, en pharmacienne jusqu’au-boutiste, qui impriment au film son côté habité : rarement aussi justes qu’ici, elles sont les figures d’un combat qui, pour être collectif, a dû débuter du côté de l’individuel. Un carton déroulant de fin de film rappelle les dates d’obtention, pour certaines très récentes, du droit de vote des femmes dans plusieurs pays du monde – histoire de rappeler que Les Suffragettes n’a finalement pas d’autre vocation que de se faire porte-parole de celles qui continuent d’être bafouées.

Titre original : Suffragette

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Durée : 106 mn


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