Les Mille et une Nuits – Volume 2 : Le Désolé

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Deuxième volume du film de Miguel Gomes, où la colère de l´injustice sociale continue d´écrire la plus fourmillante des fictions.

Le volume 1 des Mille et une nuits imaginées par Miguel Gomes, bien qu’inquiet, s’achevait par un grand bain collectif dans l’Atlantique qui laissait apercevoir la possibilité d’un réenchantement du peuple portugais, ne fût-ce que le temps du passage à la nouvelle année. Ce volume 2, pertinemment intitulé “Le Désolé”, est peut-être le plus beau du triptyque, le plus sombre aussi. A l’inquiétude, donc, succède la désolation, une sorte de constat amer sur la dérive du Portugal dans une crise qui ne fait pas qu’enfoncer ses habitants dans la misère, mais les place dans des situations proprement aberrantes, voire ubuesques – la grande partie centrale du film en est la plus flagrante illustration. Pendant la nuit des trois clairs de lune, une femme juge doit prononcer un verdict dans plusieurs affaires (de voisinage, de vol, etcetera) : mais les langues se délient, tandis que les culpabilités diverses et respectives s’empilent, toutes plus grotesques les unes que les autres. Et, au moment de faire tomber la sentence, la juge pleurera, désemparée devant tant d’inanité, bien incapable de démêler le vrai du faux, le juste de l’injuste.

La séquence est d’une extraordinaire lisibilité et, à l’image de l’entièreté de ces Mille et une nuits, trouve un équilibre quasi parfait entre poésie et politisation. Car ce qu’elle raconte, c’est bien sûr la farce qu’était devenue la vie des Portugais, ici polie par des éléments fantasmés comme cette vache qui raconte l’histoire désolante d’un olivier millénaire. Idéalement mis en scène, le procès part de situations dramatiques avant de prendre un virage réjouissant. C’est, d’ailleurs, le tour de force du film tout entier que de rendre si inventives et passionnantes ces histoires qui, rappelons-le, ont été récoltées pour l’occasion sur une durée d’un an par une équipe de journalistes et ne formaient a priori que des faits divers de coupures de presse. A l’image de la ribambelle d’anecdotes qui constituent la dernière partie de ce volume deux : mises bout à bout, elles finissent par dire la vie d’un immeuble comme un personnage à part entière, rappelant parfois à soi L’immeuble Yacoubian (Marwan Hamed, 2006) qui, lui aussi, dressait le portrait d’un pays entier – l’Egypte – par le biais des simples étages d’un bâtiment du centre du Caire.

C’est la part la plus déchirante de ce Désolé, tant le film semble ici atteindre exactement le but qu’il s’était donné. C’est là où l’intention coïncide tout à fait avec la réalisation : que de l’anodin naisse l’éblouissement, en somme. Il y a des habitants expulsés, d’autres qui pissent dans les cages d’ascenseur ; un jeune couple qui vit de la banque alimentaire ; un autre, âgé cette fois-ci, qui se suicide, abandonnant le destin de leur chien Dixie – qui passera de foyer en foyer – à la seule solidarité de l’immeuble. Cette solidarité, c’est celle des personnages entre eux, celle de l’intérieur contre l’extérieur : là où, dans le pays, n’existent plus que des preuves d’injustice sociale, l’édifice trône dans le film comme le lieu de tous les possibles, à multiples étages architecturaux mais sans aucun étage de différenciation de l’individu. Ce n’est pas pour rien si, tout en haut, sur le toit-terrasse, se trouvent les immigrées brésiliennes qui viennent, nues, profiter du soleil. A l’heure où la Grèce n’en finit pas de se débattre face à ses créanciers (que rappellent “les hommes qui bandent” du premier volume), le film de Miguel Gomes continue de bâtir une fiction fourmillante qui irradie, beau rempart contre n’importe quelle mesure d’austérité.

Titre original : Les mille et une nuits - Le Désolé

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Durée : 131 mn


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