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Les Ex

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A l’occasion de sa sortie en DVD, retour sur la comédie de Maurice Barthélémy, qui vaut mieux que sa mauvaise réputation critique.

Etrillé par la critique, le cinquième long métrage de Maurice Barthélémy arrive pourtant à divertir autour d’un sujet à la fois bien choisi et propice à la réflexion. Remake du film italien Ex de Fausto Brizzi (2009), dont le scénario avait été écrit à huit mains, Les Ex remplit bien son contrat de comédie, par un rythme soutenu, des répliques ou situations bien senties tout comme une galerie de personnages pittoresques, y compris dans les seconds rôles – le curé iconoclaste auquel il arrive d’ingérer des substances illicites, les jumelles d’Antoine Repp adeptes du Japon et en pleine crise d’adolescence ou le dernier mari de feu l’ex-femme d’Antoine Repp qui vient en trombe sonner à la porte de ce dernier pour vanter en pleurant la qualité des fellations de la défunte. Barthélémy gère plutôt bien le comique de situation, son film n’est pas exempt de fantaisie et de burlesque.

Simultanément Les Ex est mâtiné d’une certaine amertume, comme presque tous les films de l’ancien « Robin des Bois » mêlant souvent humour et gravité. Le thème d’amours contrariées qu’il faut dorénavant conjuguer à l’imparfait pouvait aussi facilement se prêter au drame voire à la tragédie. La mort et la maladie ici sont présentes de manière assez invasive. On assiste au décès d’un des personnages, un autre a un cancer du sein. Au milieu des scènes cocasses et des situations drolatiques – une vieille femme demandant au curé une confession, parce qu’elle a vu l’ex de celui-ci se cacher dans le confessionnal… – nous sont également rappelées la précarité fatale de nos vies et le goût si éphémère des amours d’hier. En faire une comédie permet de cautériser nos plaies sentimentales, de manière plus efficace qu’une vaine consultation chez un psychothérapeute onéreux.

En adoptant le modèle du film choral permettant la coexistence de toute une myriade de personnages différents, la comédie permet de comparer diverses situations dans lesquelles un ou une ex peut continuer à nous hanter, que son souvenir s’impose à nous de manière inévitable, qu’il se réinvite dans nos vies ou qu’on essaye en vain de l’oublier, à cause de la qualité des souvenirs vécus ensemble, des retrouvailles impromptues et parfois très inopportunes ou encore par l’intermédiaire d’un chien légué par l’aimée et dont il s’agirait à présent de s’occuper, voire de soigner.

Le film choral s’accompagne souvent d’un traitement inégal ou d’un déséquilibre. La bonne nouvelle ici est qu’aucun des personnages n’est sacrifié, chacun existe de manière comparable et assez heureuse. Chacun, aussi, devient attachant. Cette réussite est bien sûr imputable à un parterre de comédiens judicieusement choisis et qui s’acquittent de leur partition respective avec brio. Patrick Chesnais, en juge de divorce venant de se séparer de sa compagne de longue date, excelle une nouvelle fois dans un registre de grincheux désabusé, articulant mollement, fatigué des aléas de l’existence et provoquant l’hilarité par presque chacune de ses apparitions. A côté cependant de cet acteur chevronné à la filmographie impressionnante, et de Jean-Paul Rouve, un autre spécialiste de la comédie neurasthénique à la française, le film a également le mérite de mettre en lumière d’autres visages un peu plus frais, venus de la télévision ou du stand-up : que ce soit Arnaud Ducret – qui s’impose de plus en plus dans le paysage de la comédie française, ici en curé improvisé -, Alice David – qu’on a pu découvrir dans la mini-série Bref -, les humoristes Baptiste Lecaplain et Claudia Tagbo ou encore la pétillante Stéfi Celma, qui jouait dans le dernier film de Maurice Barthélémy et s’est aussi illustrée dans Les Profs 1 et 2 tout comme la série Dix pour cent. Chacun, y compris le réalisateur lui-même dans un rôle d’amoureux traumatisé par l’ex-compagne de sa dulcinée, convainc et séduit. La plupart optent pour une belle sobriété, un naturel aux antipodes du jeu forcé, à l’image particulièrement d’Alice David et Baptiste Lecaplain, crédibles et touchants. Malgré la recette éculée de comédie sentimentale à la française, ces visages pas encore si connus contribuent eux aussi à une agréable impression de relatif renouvellement.

Un bémol ? Peut-être le fait que le film ait une énième fois été tourné dans la capitale de l’hexagone ? Il serait bon de rappeler aux réalisateurs français qu’il existe d’autres villes que Paris en France et dans le monde. Le choix visait apparemment à contrer la réputation de la mégapole comme la « ville de l’amour », la lassitude cependant gagne en voyant toujours à l’écran les sempiternels mêmes lieux et quartiers si balisés et éculés depuis le temps. A part cela et le statut de remake qui réduit son mérite, Les Ex remplit son contrat et ne méritait pas d’être accablé comme il l’a été.

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Durée : 85 mn


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