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Lenny and the kids

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Film autobiographique, déclaration d´amour vaguement cathartique ou déculpabilisante des frères Safdie à leur père. De belles idées, de la sincérité assurément, de la justesse quelquefois, le tout mêlé au ridicule et englué dans l’ennui.

La première séquence résume tout le film. Lenny, la quarantaine, gambade dans la rue, escalade un grillage et se vautre lamentablement dans l’herbe, mort de rire, un rire qui ferait presque mal. Go get some rosemary, va chercher du romarin, titre original du film tiré d’une expression anglo-saxonne symbolisant cet état confus ou joie et tristesse se mêlent. Lenny, esprit d’enfant, de garnement, coincé dans un corps d’adulte : le corps a grandi, il est raide, immense, mais l’esprit lui a refusé le vieillissement. Deux temporalités s’affrontent dans le même être : le corps au présent et l’esprit au passé. C’est ce bouleversement dans la chronologie d’un être qui est à l’œuvre dans Lenny & the kids, dans le film et chez le personnage. Car le personnage, c’est le film et inversement. Le film n’est donc que le long développement, l’illustration redondante de cette première, et fort réussie, séquence.
 
Lenny, projectionniste, divorcé, a deux enfants qu’il ne voit que quinze jours par an tellement il se montre incapable de s’en occuper, d’être responsable. Quinze jours de garde pour quinze jours d’aberration comme mode de vie. Le film est intimement lié aux frères Safdie (dont l’un deux, Josh, avait réalisé le remarqué Pleasure of being robbed, 2008) puisqu’il s’agit de leur histoire, de leur enfance et de leur père. Film autobiographique donc qui fait apparaître l’image du père par la mise en scène du souvenir avec une partialité assumée.
 
Film témoin, film exutoire sur ce père "non modèle" à qui on n’en veut pas quand même, gentille déclaration à laquelle on peut rester étranger. D’autant que les moyens mis en œuvre ne sont pas nécessairement des plus encourageants. Nerveux, bruyant, frôlant l’hystérie, mais tendre, le film porte en lui le caractère du père. Formellement, c’est le ton du home movie qui est le plus souvent adopté : impression d’immédiateté des situations, caméra portée, surgissement des corps dans le cadre. Cette sincérité pavée de bonnes intentions se mêle à une volonté assez forte de mise en scène. Si le montage fait assez logiquement de ces quinze jours avec papa une succession de moments marquants, gravés en mémoire ou réimaginés à partir de leur récit, de plus en plus fort jusqu’au grotesque, il s’accompagne aussi d’une sorte d’auto-contentement dans ses effets. Comme par exemple l’apparition dans le quotidien le plus trivial du surprenant ou du merveilleux. Il en va évidemment d’une sorte d’héroïsation du père par les enfants. Plus que cela, ce sont les Safdie adultes qui posent le regard sur leurs états d’âme d’enfant. On regarde donc péniblement cette mise en abyme, cet objet si personnel qu’il tombe parfois dans la complaisance.
 
Il en va de même pour le recours à la musique. Elle est essentiellement le fait du père, à la fois comme ornement et mise en scène de soi. Le plus souvent intradiégétique, de l’intérieur du cadre la musique passe au niveau de l’objet film en tant que tel. Cette musique est certes très belle, bien choisie… mais elle est aussi tout à fait de bon ton. Elle vient mettre le personnage sur une sorte de piédestal. Lenny écoute ce qu’il faut, de la belle musique de crooner, mais pas les morceaux plus connus parce que ça fait vulgaire. Non, des choses légèrement hors cadre comme lui dépassant à peine de la ligne générale. Etat de la musique qui infecte le film en son ensemble. Et Lenny et ses kids s’enfoncent dans les situations les plus sordides qui, si véritables soit-elles, sombrent dans le ridicule et n’engendrent que l’ennui. C’est d’autant plus dommage que certains moments, de vifs éclairs (la réussite d’une séquence, un court plan) parviennent à unir pleinement et justement sincérité et mise en scène.

Titre original : Go Get Some Rosemary

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Durée : 90 mn


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