L´affaire des cinq lunes

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Divertissant, certes, mais sans doute pas un << tournant >> ni pour le genre, ni pour le cinéma.

En cette période où l’on assiste à un retour en force du polar et du film d’enquête (voir le dossier), ce n’est pas surprenant de voir édité en DVD le dernier film de Renzo Martinelli, L’affaire des cinq lunes, produit il y a déjà cinq ans. Bien que ce ne soit pas un polar à proprement parler, le film retrace l’histoire d’un juge italien (incarné par l’acteur Donald Sutherland) qui, en possession d’un film en super 8 jusqu’alors caché, re-ouvre l’enquête sur l’enlèvement d’Aldo Moro par les Brigades rouges, qui avait eu lieu 25 ans auparavant. Un thriller sur fond policier, porté par la quête d’une vérité restée trop longtemps cachée…

L’enjeu est de taille, et le sujet hautement intéressant. A ceci s’ajoute la thèse portée par le film, qui est (c’est la moins qu’on puisse dire) assez forte et originale : l’enlèvement d’Aldo Moro était organisé par la CIA afin d’empêcher le « compromis historique », soit l’alliance de la Démocratie chrétienne avec le Parti Communiste Italien, alors le plus puissant d’Europe. Une idée qui court dans des livres pour avisés, notamment dans celui de Sergio Flamigni, La toile de l’araignée, dont le film s’inspire, mais qui est bien lointaine de la version officielle des faits telle qu’on a voulu la faire passer à l’Histoire.

Le film a donc de grandes ambitions, et une vocation internationale : tourné en anglais, avec des acteurs de renommée et un déploiement de moyens peu usuel dans le cinéma italien (prise des vue aériennes, effets numériques etc.). Mais réussit-il pour autant son coup ? Pas tout à fait. Le cinéaste cherche une réalisation "à l’américaine", assez grandiloquente, qui paraît décalée par rapport aux lieux et à l’atmosphère. Sienne n’est pas New York, et les travellings aériens numériques sur Piazza de Campo, même s’ils sont surprenants au début, deviennent vite excessifs, frôlant parfois le ridicule. Le rythme se veut soutenu, la cadrage cherche toujours l’angle le plus improbable et hasardeux, la lumière joue sur les clairs obscurs et les angles forts, ce qui, renforcé cinémascope, donne sans doute un côté plaisant au film, mais sonne souvent faux et très artificiel.

Toutefois, la plus grosse limite du film n’est pas tant dans ce parti pris formel, qui reste discutable, mais dans la difficulté évidente de construire un récit prenant. A trop vouloir documenter, apporter des détails, des précisions, des reconstructions, le scénariste, Fabio Campus, semble oublier la dramaturgie. Si la première partie du film parvient à attirer notre attention et à créer un peu de suspense, le film tourne vite à une série de tables rondes entre le juge et ses collaborateurs, interrompues par des flash-back en noir et blanc, providentiels casseurs de la monotonie des dialogues. La fin, qui se veut hyper spectaculaire, avec tant de course poursuite entre un avion et une voiture, ne change pas la donne.

Un film qui avait un certain potentiel devient ainsi un thriller se donnant des airs de « blockbuster », ce qui lui donne assez inévitablement un petit côté série-B (voir l’affiche !). Divertissant, certes, mais sans doute pas un "tournant" ni pour le genre, ni pour le cinéma

Titre original : Piazza delle cinque lune

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Durée : 110 mn


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