Select Page

La Route

Article écrit par

Le film adaptation d´un roman poignant – The Road (La Route) – de Cormac McCarthy. Si l’on adore le livre, peut-on attendre quelque chose de plus de ce long métrage réalisé par John Hillcoat ?

Un pari honnête, relativement fidèle à l’action du livre : raconter la vie de deux êtres, père et fils, après une explosion éclair dont on ne connaît pas l’origine, dans un monde gris de cendres et s’éteignant petit à petit. L’action se résume à trouver de la nourriture, c’est-à-dire encore quelques boîtes de conserves qui se cachent dans les maisons inhabitées, ou à échapper aux bandes de cannibales – « les méchants »  – chassant les humains car il ne reste plus ni faune ni flore. L’homme et l’enfant vagabondent sur la route en traînant leur chariot et vont vers le sud avec l’espoir de survivre encore un hiver.
 
 

 
Ce n’est pas un film de zombies, ni un film sur une mystérieuse épidémie. La Route se veut réaliste malgré tous les indices du cinéma de genre : l’action se passe dans le futur, avec du sang, de l’horreur et des éléments de suspense dans quelques scènes (quand l’homme et le garçon se trouvent dans une maison de cannibales et découvrent dans une cave une centaine de personnes sales, amaigries et nues, destinées à être mangées). L’histoire de la relation entre ce père et son enfant est assez intimiste, sa simplicité émotionnelle dessinant un parallèle avec le cinéma néoréaliste italien – notamment Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica.

Comme Le Vieil homme et la mer d’Hemingway, La Route est une parabole de survie dans un monde cruel qui ne nous appartient pas. Sur le chemin, les personnages sont plus fatigués, plus désespérés, mais conscients encore que la vie d’un être est un petit miracle. L’homme – à la fois père –sait que son unique raison de vivre, c’est son enfant. Il s’agit aussi du voyage initiatique d’un fils qui va suivre les pas de son père, porter le feu dans son cœur comme une croyance dans la beauté des choses.

Le film semble très soucieux de ne pas choquer le spectateur. Le réalisateur reconnaît ne pas avoir eu le final cut, l’un des producteurs, Harvey Weinstein, surnommé « Scissorhands » (mains-ciseaux) en raison de sa tendance à couper les longs métrages de ses auteurs, étant passé par là … Au final, le résultat ressemble plus à un film Disney. 

Malgré les cadavres desséchés et les crânes accrochés qui parsèment la route, le film de John Hillcoat n’a pas la force de Va et regarde de Klimov mais peut-être parlera-t-il aux cœurs des plus jeunes. Hillcoat n’a pas réussi à insuffler une âme à son œuvre, même si Viggo Mortensen est très convaincant dans son rôle, les paysages dévastés par l’ouragan Katrina impressionnants, la photo bien travaillée  – d’aspect gris et sale, signée par un talentueux chef opérateur, Javier Aguirresarobe (Vicky Cristina Barcelona, Mar adentro, Les Autres…). On ne peut pas détester complètement le film. Néanmoins, force est de constater que quand on s’attendait à un gros « boum », il n’en ressort au final qu’un petit « plouf ».

Titre original : The Road

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 120 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…