La petite cuisine de Mehdi (Sortie DVD chez Pyramide Vidéo).

Article écrit par

Mentir pour exister… et pour aimer…

Mensonge à l’algérienne

Le film est courageux et drôle, même s’il frôle souvent la caricature, sur le mensonge à l’algérienne, cette antienne, cet archétype presque du comportement des hommes dans cette société qui, comme il est dit dans le film même, sont obligés de mentir pour vivre, mais surtout pour survivre. Ici, les choses sont simples et semblent quasiment normales pour Mehdi obligé à son tour de vivre dans le perpétuel mensonge presque jusqu’à la folie si le film n’était pas une comédie légère. On vous le raconte, mais pas complètement : Mehdi est sur un fil. Il joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, tout en lui cachant sa relation avec Léa ainsi que sa passion pour la gastronomie française. Il est chef dans un bistrot qu’il s’apprête à racheter avec Léa. Mais celle-ci n’en peut plus de ses cachoteries et exige de rencontrer Fatima. Au pied du mur, Mehdi va trouver la pire des solutions. La solution, on ne la dévoilera pas, d’autant qu’il n’y en a pas qu’une seule. Comme tous les menteurs invétérés, pour quelque raison que ce soit, Mehdi ne cesse de s’enfoncer chaque fois un peu plus, allant même jusqu’à mettre sa vie affective et sociale en danger.

 

L’amour au centre

Malgré sa forme revendiquée pleinement comique, le film aborde aussi le thème de l’amour car celui-ci, on nous le serine largement assez, semble basé exclusivement sur la confiance. Or, comment avoir confiance en quelqu’un qui ment en permanence, non par duplicité, ni méchanceté, mais pour pouvoir survivre entre deux cultures, entre l’une qui l’oblige à mentir en permanence à cause des conventions sociales qu’elle impose, et l’autre qui repose presque exclusivement, et hypocritement, sur une utilisation permanente de la vérité. Mehdi navigue à vue entre ces deux continents et s’en sort plutôt bien dans l’ensemble jusqu’au jour où… patatras. Le réalisateur en est très conscient ainsi qu’il le déclare dans le dossier de presse du film : « Créer, pour moi, est toujours un acte d’amour d’une manière ou d’une autre. Parce qu’il contient de l’éros et donc du désir, et en même temps, c’est aussi l’occasion d’une « mise en critique ». Qu’est- ce qui nous lie ? Comment cela nous porte et nous limite ? Même si ce film n’est pas totalement autobiographique, il est très personnel. L’amour est au cœur de cette histoire, que ce soit celui qui unit Mehdi et Léa, ou Mehdi et ses deux mères. J’avais envie que cet amour soit ambivalent, indissociable de la double culture de mon personnage central, et qu’il engendre un dilemme le conduisant au mensonge. » Un film donc en apparence de divertissement mais qui en dit plus long sur le vivre-ensemble dont on nous rebat les oreilles, qui se conclue par un happy-end imposé et propose des acteurs exceptionnels aux premiers rangs desquels on notera les deux mamans : Malika Zerrouki et Hiam Abbass, et les deux tourtereaux : Younès Boucif et Clara Bretheau dans un Lyon de carte postale et de bonne bouffe.

(Sortie DVD chez Pyramide Vidéo). Le 10 avril

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 104 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..