La Femme du Vème

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Une adaptation personnelle du roman du Douglas Kennedy, instaurant une atmosphère captivante mais à l’histoire peu convaincante.

L’une des modes du cinéma d’aujourd’hui est l’adaptation sur grand écran d’œuvres littéraires. Le dernier film de Pawel Pawlikowski (My Summer of love, 2004) s’attaque donc ici à l’adaptation du roman éponyme (The Woman in the Fifth) de Douglas Kennedy. A l’instar du roman, le film tourne autour d’un personnage central (Ethan Hawke), Américain venu à Paris dans l’espoir de renouer avec sa fille. Entre son hôtel miteux et ses escapades amoureuses, celui-ci se perd dans sa profonde mélancolie. On ne sait pas très bien ce qui le sauvera, une Kristin Scott Thomas plus mystérieuse que jamais ou un amour pour une jeune polonaise ? Ce film intimiste, à la frontière des genres, révèle une indéniable beauté esthétique dans sa réalisation, mais manque cruellement de profondeur. Il n’en reste pas moins intéressant.
 

D’entrée de jeu, le réalisateur invite à suivre son personnage principal d’écrivain dans ses retranchements : arrivée à Paris, incident le mettant en position de faiblesse et de dépendance (perte des bagages, travail forcé). Le héros est perdu, son destin incertain, mal défini, peu clair… Le suivi pas à pas cet être fragile et déboussolé suffit alors à captiver un peu. Le réalisateur joue sur une tension omniprésente, un secret à percer : un travail au noir suspect, la rencontre d’une mystérieuse séductrice… Le retour à un rythme normal se fait cependant de manière trop rapide et brutale pour installer un quelconque suspense. Au final, ne reste à apprécier que la beauté visuelle des scènes. Certaines d’entre elles semblent en outre posées là par hasard, comme des passages obligés mais surjoués (la confrontation avec l’ex femme ou la disparition de la fillette).
 

Malgré ces défauts qui plombent d’entrée le film, ce dernier se trouve rapidement sauvé par l’utilisation assez magistrale de la caméra. La vision de Paris du cinéaste, l’atmosphère qu’il parvient à créer autour du personnage principal et de ceux qui gravitent dans son cercle restreint dénotent une sensibilité visuelle déjà notable dans My Summer of love. Les lieux sont aisément repérables par l’utilisation d’une symbolique des couleurs certes facile mais remarquable : hôtel miteux des quartiers nord instaurant une ambiance froide, presque irréelle, contrastant avec l’intérieur chatoyant de la séductrice Margit et ses apparitions très stylisées où le rouge (désir-passion) était d’ailleurs déjà annoncé dans la scène de rencontre. Le Paris extérieur ici filmé reste intemporel, gris mélancolique, parfois glacial, comme un automne en devenir, la fin d’une époque, un passé à jamais perdu… L’ensemble crée des dimensions et des champs de vision hypnotiques où le héros évolue d’un point à l’autre, avec un summum de perdition dans ce bureau de surveillance souterrain où celui-ci passe ses fins de journées.
 

Reste toutefois un point noir : un manque de développement et de consistance de l’histoire et des personnages, le premier concerné étant ce romancier, Tom, dont la schizophrénie décelable est à l’origine de scènes oniriques laissant sur sa faim et mal imbriquées dans le puzzle général. Ces ponctuations éclair restent une fantaisie de plus, ajoutant à l’idée que l’histoire passe derrière des choix scénographiques et visuels embryonnaires manquant une fois sur deux leurs objectifs. Le point de départ de ces digressions rêvées est annoncé par le titre d’un unique roman de l’écrivain, où l’évocation de la forêt permet alors de construire des flashs imaginaires dans le quotidien du héros : l’occasion de filmer une chouette, une toile d’araignée, la fillette dans la forêt au pied d’un arbre… Une sorte de poésie fictive en somme, trop brève pour toucher ou émouvoir, être emporté dans le chaos intérieur du personnage principal.

Il reste toutefois intéressant de constater que les personnages se répondent par jeu de miroirs et fonctionnent par duo. La fillette aux lunettes voit le monde comme son père, Margit à perdu sa famille (cf la scène où elle pose dans la chambre d’enfant) comme Tom, et Ania, la polonaise, va jusqu’à incarner les origines du réalisateur et, par extension, l’exil de Tom et celui des gens que ce dernier côtoie à l’hôtel. La jolie interprétation naturelle de Joanna Kulig, rappelant cette Pologne, la mère patrie, avec grâce et justesse, et Samir Guesmi en patron d’hôtel magouilleur, convainquent, bien que les acteurs restent à cet état d’esquisse qui ne fait qu’ajouter à la déception générale.
 

La Femme du Vème laisse ainsi une impression d’inachevé, de coup d’essai n’osant pas franchir certaines limites. Entre autres raisons, par souci de se focaliser sur un personnage central, sacrifiant du coup tout potentiel d’accroche autre qu’esthétique, pour un film dont le titre se défait au fur et à mesure de toute crédibilité.

Titre original : La Femme du Vème

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Durée : 85 mn


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