Select Page

Krzysztof Kieslowski

Article écrit par

Le cinéma des larmes (1975-1988).

Ce sont les yeux vitreux d’empathie que se regardent les films de Krzysztof Kieślowski. Émouvantes mais amères constatations du joug et des ravages de la pensée commune sur la Pologne communiste, l’œuvre, également envisagée comme une déconstruction de cette illusoire puis bientôt dramatique raison d’État, s’avère autant frondeuse que profondément romanesque.

Ayant tôt fait de démontrer l’inutilité pratique du politique sur l’Homme, Krzysztof Kieślowski dissimule derrière le feutre de son engagement documentaire une tendresse et un humour discrets qui achèveront de le consacrer écrivain de l’intime. De fait, ses portraits se singularisent tant qu’il lui faut désormais les inscrire dans des réalités à la fois tangibles et fictionnelles. Ses « héros », au premier abord mutiques, candides et constamment à la remorque des évènements, mûrissent à mesure que la narration avance. Leurs attitudes et référents changent.

Ainsi Romek découvre dans les coulisses jalouses d’un opéra le Laid (Le Personnel, 1975), Stefan la nocivité pour les siens du Capitalisme (La Cicatrice, 1976), Antoni sa toute relative Liberté (La Paix, 1976) ; Filip, réfugié dans l’œilleton de sa caméra, entrevoit la Vérité (L’Amateur, 1979), Witek, après l’esquisse de trois vies possibles, la Mort (Le Hasard, 1981) ; un Secrétaire du Parti mesure la faiblesse de son Credo (Une brève journée de travail, 1981), Urszula tout l’Amour qu’elle vouait à son mari (Sans fin, 1985) ; enfin, les habitants d’une blême cité HLM transgressent les Commandements dans Le Décalogue (1988), aboutissement poétique et pictural et matérialisation définitive d’une approche à la fois cosmique et naturaliste – pour ne pas dire camusienne.

Aussi, avant les maniéristes et francs succès français La Double vie de Véronique (1991) et la trilogie Trois couleurs : Bleu / Blanc / Rouge (1993-1994), l’œuvre de fiction polonaise de Krzysztof Kieślowski est pureté et résilience, évidence que ces vies-là, telles qu’imprimées sur pellicule Kodak, figurent à l’aune de l’Histoire une archive aussi chaude et réconfortante qu’un tissu de vérité.

Bonne lecture et bonnes vacances avant le retour en octobre d’un Coin du cinéphile qui sera consacré au scénariste et réalisateur américain Preston Sturges.

© Wojciech Druszcz/Reporter/East News


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Cité sans voiles

La Cité sans voiles

Prototype matriciel du «noir procédural», «La cité sans voiles» fraye la voie vers un courant néo-réaliste semi-documentaire issu de l’immédiat après-guerre. Drapée sous une chape nocturne, la métropole new-yorkaise bruisse de mille faits divers crapuleux. Le jour venu, à l’été 1947, la brigade des homicides dont le bureau est la rue, bat le pavé brûlant des artères populeuses pour les élucider.