Select Page

Killer Elite

Article écrit par

Un casting en or, une histoire à la Munich, un budget confortable… A l´arrivée, « The Killer Elite » est pourtant loin de remplir correctement son contrat.

L’histoire se déroule à l’aube des années 80. Les manipulations financières et politiques des services secrets britanniques dans le Sultannat d’Oman ont laissé des traces, et le Sultan a l’humeur à la vengeance. Deux mercenaires, Danny et Hunter, sont utilisés pour décimer les barbouzes responsables de la mort de ses fils. Ces agents font partie du SAS, et sont protégés par leurs anciens frères d’armes, réunis au sein d’une société secrète baptisée « Hommes de plume ».

Basé sur une fascinante et complexe histoire vraie, The Killer Elite a le mérite de nous immerger dans un monde d’ordinaire cloisonné. Comme tout film d’espionnage, le premier long de Gary McKendry s’attache à nous faire comprendre les motivations et les agendas secrets de ces agents, mercenaires et espions de haut niveau, constamment lancés sur la piste de leurs adversaires à travers le monde. Le film décrit aussi une vengeance planifiée et méthodique, qui touche des soldats ayant pensent-ils œuvré pour le bien de leur pays, alors qu’ils n’ont fait que servir des intérêts bien moins valeureux. En cela, Killer Elite rappelle à de nombreux moments le Munich de Spielberg, qui lui aussi racontait la constitution d’une équipe clandestine de tueurs redoutables, qui se voient remettre une « kill list » de la plus haute importance.

 

Vendetta de bas(e) étage

La comparaison s’arrête là. McKendry n’a pour l’instant rien d’un grand réalisateur en devenir, même s’il semble avoir travaillé de nombreuses années à cette adaptation du livre de Ranulph Fiennes. Très étrangement, cette histoire épique, qui nécessitait tout de même de prendre de la hauteur et du temps pour expliciter les enjeux, les conséquences et les ramifications politiques de cette entreprise vengeresse, a été rabaissée à un traitement de pure série B. Bien sûr, la reconstitution est minutieuse (la plupart des extérieurs, qu’il s’agisse de figurer Paris ou l’Angleterre, ont été réalisés en Australie, mais qu’importe), et jamais le récit ne sacrifie au second degré façon Expendables. Mais là où Spielberg enrichissait son film d’une réflexion sur les répercussions de la vendetta israëlienne sur la situation internationale actuelle, jamais McKendry ne pense plus loin que son prochain rebondissement, la prochaine cabriole de Jason « maxilliaires » Statham.

Est-ce la star des Transporteurs qui a ainsi infléchi le projet ? Peut-être pas : les producteurs de Killer Elite ont après tout œuvré aussi sur Braquage à l’anglaise, l’un des seuls rôles « sobres » (comprendre « sans tatanes ») de la carrière du Stat’, et sans doute l’un des plus convaincants de sa carrière. L’acteur a ici l’occasion de lever la jambe, notamment pour jouer à Jason Bourne avec son partenaire/adversaire Clive Owen, borgne, moustachu et sûrement le plus motivé du casting (majoritairement australien, forcément), où apparaît un Robert De Niro semblant à chaque prise vouloir en finir au plus vite avec son personnage falot de mentor-à-qui-on-ne-la-fait-pas. Statham et Owen ne déméritent donc pas, et les seconds couteaux se montrent aussi convaincants dans une certaine mesure.

Espions mais pas trop

Mais à chaque fois que Killer Elite pourrait prendre aux tripes, nous faire tomber, comme ses héros trahis de toutes parts, dans un vertige kafkaïen de paranoïa générale parfumée de violence radicale, il échoue irrémédiablement. Revoir Mission : Impossible : il est possible, si l’on est cohérent et imaginatif dans sa mise en scène, de fusionner ce type d’ambiance à un divertissement ambitieux et spectaculaire (au risque de se rendre superficiel). Dans Killer Elite, chaque scène d’action semble avoir été emballée sans génie par la deuxième équipe, le montage, pourtant assuré par John Gilbert (Le seigneur des anneaux) s’avère souvent hésitant quand il n’est pas illisible, les dialogues sont pontifiants et servent surtout à surligner le caractère unidimensionnel des personnages, dont les motivations (simplistes) servent de portrait psychologique…

Surtout, McKendry montre sa relative inexpérience dans la gestion de son histoire, qui se passe d’exposition. Il se perd dans la mièvrerie béate d’une histoire d’amour « impossible », oublie de s’attarder sur ces « Hommes de plume » qui donnent pourtant leur nom au bouquin qu’il adapte, les présentant comme de vieux aigris paniquant dès que leur gouvernement commence à poser des questions sur leurs agissements. On passera poliment sur le happy end garanti 100 % artificiel, qui choisit le camp de la conclusion sans conséquence, alors qu’on attendait une résolution pleine de panache et d’ambiguïté.

Le scénariste Matt Sherring l’explique clairement, "C’est un livre long et foisonnant, dont la trame se déroule sur dix-sept ans, il a donc fallu que nous condensions beaucoup." Sachant que Killer Elite se déroule sur quelques mois, on peut effectivement comprendre qu’il ne passionne pas plus qu’une de ces nombreuses séries B qu’enquille Statham. Voilà un bon exemple de production cossue mais presque schizophrène, car tentant sans y réfléchir sérieusement de mélanger un genre austère et exigeant (l’espionnage) avec les apparats prestigieux du film d’action à gros budget. Dans les deux cas, Killer Elite est trop paresseux et fonctionnel pour faire illusion très longtemps.

Titre original : Killer Elite

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 117 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Kanal / Ils aimaient la vie

Kanal / Ils aimaient la vie

« Kanal » ravive le spectre de la guerre. Avec cette odyssée humaine, Andrzej Wajda filme le « romantisme de l’horreur » dans la tourmente de l’insurrection de Varsovie et les convulsions de l’Histoire de la Pologne. Dantesque en version restaurée 4K distribuée par Malavida.

Les reines de la nuit

Les reines de la nuit

Un reportage télé qui ne parvient pas à singulariser ses personnages, et où l’esthétique camp des cabarets parisiens ne contamine pas la mise en scène, trop absente.

It must be heaven

It must be heaven

Un conte burlesque explorant l’identité, la nationalité et l’appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir « chez soi  » ?