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James Ivory

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Le plus anglais des cinéastes américains.

Si les États-Unis ont été une terre d’accueil fréquente pour les cinéastes européens, l’inverse fut tout aussi vrai. De Joseph Losey à Stanley Kubrick, le Vieux Continent a donné une liberté artistique et/ou de pensée à ceux qui fuyaient notamment le maccarthysme. James Ivory est de ceux-là, même si son intégration au cinéma européen et plus précisément anglais est si parfaite que certains ignorent encore qu’il est américain. Associé au producteur indien et musulman Ismaël Merchant, avec qui il fonde la société Merchant Ivory Production, et travaillant fréquemment avec l’auteure et scénariste juive et allemande Ruth Prawer Jhabvala, James Ivory, bien que traitant très souvent de sujets associés à la culture anglaise, y apportera la distance et la justesse de l’étranger. Adaptant brillamment trois fois Edward Morgan Forster avec la trilogie constituant Chambre avec vue (1986), Maurice (1987) et Retour à Howards End (1991), James Ivory sut donc avec une émotion et un sens du détail rares retranscrire les rigorismes sociaux et moraux caractérisant la société anglaise. Cette hauteur, qui n’empêche pas un vrai sens du romanesque, tel le superbe Chaleur et poussière (1983), ne masque néanmoins jamais la cruelle réalité, comme dans Quartet (1981), qui présente la France des Années folles avec une rare froideur. Cette lucidité se conjugue bien sûr toujours à ce statut d’immigrant qu’il aborde frontalement dans des œuvres comme La Fille d’un soldat ne pleure jamais (1998) ou, pour rester dans les grandes adaptations, dans Les Européens (1984), d’après Henry James. Forcément, James Ivory devait signer son chef-d’œuvre avec Les Vestiges du jour (1993), magnifique mélodrame où un autre émigrant, l’écrivain Kazuo Ishiguro, s’interroge sur la culture de la servitude et des clivages sociaux anglais dans un contexte historique tragique.

Bonne lecture avant un dernier Coin du cinéphie consacré à la Révolution française au cinéma !

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