Import Export

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Ulrich Seidl, qui avait déjà franchi le cap du pire avec sa précédente fiction (Dog days, 2002), reste fidèle à lui-même… Belle constance, quelque-part.

Des films tels que le magnifique Miroir magique de Manoel de Oliveira (tourné en 2005, distribué seulement aujourd’hui) ne viendraient nous rassurer quant à la possibilité, de nos jours, d’un pur enchantement cinématographique (par la composition particulière d’un plan, le ton étrange d’une réplique, la direction trouble d’un regard, une certaine posture de corps…), Import Export aurait achevé de participer à l’actualisation d’une certaine idée de la « mort » du cinéma… Nulle exagération, vraiment : il y a quelque chose de profondément glaçant (et agaçant : tant qu’à faire, faisons nous aussi un peu les malins) à voir Ulrich Seidl, réalisateur de documentaires autrichien – dont le grand prix décerné à son premier (et tout aussi glauque) long-métrage de fiction (Dog days, 2001) à la Mostra de Venise, participa à la renommée désormais internationale – se complaire à n’exposer rien moins que la fin consentie d’une humanité. 

   
  

Que dire, sinon que vouloir montrer la réalité de la misère sexuelle, de l’importation-exportation de main d’œuvre professionnelle d’Est (Ukraine) en Ouest (Autriche) – merci pour le titre, description littérale du projet esthétique et fictionnel du film, nous épargnant l’effort d’une quelconque interprétation du présent spectacle – n’implique pas forcément pareille adhésion à la laideur de cette réalité. Qu’il est difficile, devant un plan séquence montrant très explicitement une hôtesse de webcam porno répondant sans plaisir aux requêtes d’un client exigeant, ou une interminable scène exposant l’humiliation d’un agent de sécurité par un groupe de jeunes, de saisir plus que ce qui se donne à voir : de l’insupportable, bravo. S’appuyant 2h15 durant sur ce froid dispositif d’enregistrement d’une monstruosité provoquée, Import Export ne vole jamais plus haut que ce qu’il fait mine de dénoncer. A croire que choquer ce bourgeois de spectateur pourrait suffire à conclure à la viabilité d’une démonstration, que pousser le regard à bout attesterait de la force d’un regard pertinent de cinéaste.

Sauf que qui dit « regard » dit aussi, implicitement, « raisonnement ». Que, quand bien même certains spectateurs en auraient vu d’autres et ne seraient pas hommes ou femmes à s’offusquer du spectacle du moins que rien, doit au moins se justifier un minimum le pourquoi de tel choix de filmer tout ceci comme cela, de faire durer telle scène aussi longtemps, de ne jamais dépasser le principe du parallélisme entre deux destins ne se répondant au final jamais. Quel monde Ulrich Seidl regarde-t-il ici ? Surtout, quel monde cherche-t-il à nous montrer ? Là est bien la question, car sorti de la succession de plans éclairés en lumière plus ou moins naturelle par un Ed Lachman en petite forme, moins inspiré en tout cas, dans le genre « réalisme cru », que chez Larry Clark (Ken Park), ne s’articule jamais aucune pensée de cette matière, ce supposé « contemporain ». Les personnages, les décors dans lesquels ils (n’)évoluent (pas), tels que cet hôpital accompagnant de vrais mourants dans leurs derniers jours, les chambres d’hôtel propices aux plus hautes perversions (baisera ? baisera pas ?), ne s’enrichissent d’aucun appel d’air, d’aucun espoir de transcendance.

En l’état, Import Export se regarde moins comme une œuvre de fiction, que comme le défilé assez sinistre de figures définitives, mues par aucune passion. Pas tellement nécessaire d’attendre de voir un cadavre de vieillard exhibé dans une chambre froide pour conclure que la vie n’est pas, et n’a surtout jamais été, le sujet de l’escapade. Par « vie », précisons qu’il n’est pas seulement question de l’envers de la mort, mais bien de la proposition de suivi d’un cheminement portant progressivement, au fur et à mesure que défile la pellicule, vers l’épuisement d’une vigueur, d’une incarnation vaillamment assurée le temps d’un récit, tout porté soit-il par l’obsession de la « fin » (d’une existence, d’un règne, d’une époque… cf Tarkovski, Sokourov… Oliveira !).


Titre original : Import Export

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Durée : 135 mn


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