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Foucault va au cinéma

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Sortie d’un ouvrage interrogeant la pensée du philosophe à la lumière du septième art.

« Foucault va au cinéma ». La philosophie est à la mode, dans le domaine du cinéma, différents penseurs se sont vus en effet adaptés à la sauce septième art depuis une dizaine d’années. Bien entendu, cela n’est pas non plus une nouveauté : déjà dans les années soixante-dix, une célèbre revue avait entrepris une série d’entretiens sous l’égide d’un des plus grand critiques de l’histoire – Serge Daney – avec les anciens élèves de Normale Sup, parmi lesquels des philosophes désormais connus pour leurs écrits sur le cinéma.

Deleuze notamment, avec les célèbres ouvrages intitulés Cinéma, qui ornent la plupart des bibliothèques des cinéphiles. Ou encore Derrida, l’inventeur de la « déconstruction », différents entretiens ayant fait émerger chez lui une forte pensée du cinéma et sur le cinéma dont découle entre autres la notion de « fantômes à l’écran ». Pour Foucault, qui intéresse ici les deux universitaires Patrice Maniglier et Dork Zabunyan, le cas est moins évident. L’auteur de Des mots et des choses est comme on sait l’un des philosophes les plus connus des années soixante dix dont ouvrages sur l’histoire de la folie ou de la sexualité sont encore largement utilisés. Le pari des deux universitaires est dans un premier lieu de les regrouper et tenter de les analyser afin d’en extraire une pensée commune sur le septième art. La plupart des dires du philosophe sur le cinéma sont composés d’entretiens accordés à l’équipe des Cahiers du cinéma, notamment autour de l’un de ses ouvrages les plus célèbres, Moi, Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère. La majeure partie des textes concernant le cinéma dans la carrière de Foucault sont par ailleurs disséminés dans son anthologie Dits et écrits.

Le livre s’échine parfois à imposer l’idée selon laquelle le philosophe a bien pensé le cinéma à travers son expérience de penseur des arts, par la surabondance d’exemples de phrases, mais aussi d’analyses de ce qu’aurait pu être une pensée foucaldienne adaptée à un film. Foucault va au cinéma est découpé en trois parties. Dans la première, les auteurs s’évertuent à comprendre ce que peut apporter la pensée de l’auteur notamment de l’Histoire dans la théorie du cinéma. La deuxième tente quant à elle de réfléchir la métaphysique du philosophe sur des œuvres qui l’ont marqué, telles que le film de Louis Malle, Lacombe Lucien, ou encore Hitler, une film d’Allemagne de Syberberg, qui pour lui traite vraiment de ce qu’il a appelé « l’Anti-Rétro », à savoir une histoire au passé que l’on peut inscrire dans le présent. Et enfin, dans une troisième partie, les auteurs réunissent tous les textes de Foucault, les offrant donc simplement au lecteur.

Si l’on acclame la ressortie des textes de ce philosophe aux écrits toujours contemporains, il faut cependant regretter le sur-ajout et le matraquage de nombres d’idées. Par cette plongée dans les écrits de l’auteur, les deux universitaires semblent perdre leur pensée propre, leur analyse personnelle des œuvres cinématographiques et écrites, n’offrant plus qu’une prétendue analyse de textes équivalente à celles que l’on peut faire dans les lycées français. En prenant notamment des exemples pas toujours opportuns avec le sujet. Il est dommage de voir les idées de Foucault sombrer dans un flux de citations et de paraphrases, là où ce penseur mériterait  par exemple une plus forte attention sur son travail autour du corps du cinéma.

Foucault va au cinéma de Patrice Maniglier et Dork Zabunyan, Bayard Culture, collection « Essais », sorti le 25 janvier 2011

 


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