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Entretien avec Kamila Andini

Article écrit par

Kamila Andini signe « The Seen and the Unseen » un conte fantastique d´une beauté cinématographique inouïe. Rencontre avec la réalisatrice qui nous raconte comment rendre l´invisible visible. »

Pourquoi faire ce film d’une grande poésie?

Pour ce film, je voulais savoir plus sur moi. Qui suis-je comme Indonésienne? Comment la culture indonésienne est connectée à la nature? Je voulais parler de la relation des humains avec leur environnement. À Bali, j’ai entendu parler de cette idée qui s’appelle “The Seen and the Unseen”. Selon cette philosophie, il y a partout des choses tangibles, c’est-à-dire visibles et les choses intangibles, invisibles. Cette alors une philosophie profondément dualiste, qui pense le monde comme un équilibre parfait. Cela reflète notre nature comme Indonésiens, comment on se connecte l’un avec l’autre. À Bali, il y a aussi une légende sur des jumeaux. Ils ont une relation fraternelle très particulière, la société les reconnait comme différent. Selon quelques traditions il faudrait les séparer, alors que d’autres pensent qu’ils deviennent un couple amoureux en grandissant. Le processus de travail est toujours le meme pour moi: Je trouve une idée intéressante à partir de laquelle je construis une histoire. C’est un chemin très long. Ca fait 6 ans que je travaille sur cette histoire. En Asie nous avons notre propre calendrier lunaire. Je voulais alors utiliser la force de l’image de la lune, symbole pour le cycle de la vie. Elle est là la magie. À Bali, il y a aussi la légende de la princesse Tantri. Elle raconta des histoires où les animaux sont de protagonistes, à son roi qui ne pouvait pas dormir la nuit. Dans mon film, la princesse Tantri est une petite fille qui raconte l’histoire de ses émotions à partir des mouvements du corps. Tous ces éléments s’unissent pour devenir un film.

Est-ce possible dans le cinéma de rendre l’invisible visible?

C’est pour cette raison que le film est tellement basé sur les images, pour montrer le monde invisible. Comment le rendre visible? Les émotions émergent de l’histoire même, qui sont difficilement transmises par les paroles. Chacun de nous a vécu à un moment donné ce genre d’expérience hors language, où on n’arrive plus à savoir si c’est un rêve ou la réalité.

Pour raconter cette histoire qui ressemble à un fable spirituelle?

Je ne sais vraiment pas pourquoi j’adore tellement raconter ce qui est indescriptible. Pour moi, c’est vraiment pour cette raison que le cinéma a été inventé. Ce n’est pas que le dialogue, mais tous les éléments dans tout leur complexité.

 

Comment vous avez travaillez avec les deux acteurs si jeunes?

Les enfants sont des danseurs en même temps que des acteurs non professionnels. À Bali, tous les enfants sont des artistes nés. Ils dansent et jouent la comédie dès très jeune pour des cérémonies traditionnelles. C’était quand même très dur de trouver les enfants pour ce film. Ils devaient savoir danser mais aussi jouer la comédie. La chorégraphie est très simple et puissante à la fois, difficile à comprendre pour un enfant. On a tellement cherché, et finalement juste un mois avant le début du tournage, nous avons trouvé Tantri. Je voyais des vidéos de Tantri qui faisait la chorégraphe, et j’ai été éblouie par sa performance. Lors de notre première rencontre, je lui ai demandé quelle était sa couleur préférée. Elle disait que c’était le noir. Alors j’étais sure qu’elle était juste parfaite pour le film. Elle était déjà Tantri, alors je n’avais pas besoin de travailler beaucoup avec elle. Lors des préparations, je ne voulais pas que les enfants pensent trop aux concepts intellectuels. Nous sommes rester dans un contexte simple, pour garder la légèreté.

Vous êtes maman de deux enfants. Comme réalisatrice, comment la maternité a influencé votre travail?

En fait, la maternité est l’élément le plus dur quant au processus cinématographique. J’avais écrit cette histoire même avant d’être mariée. J’ai toujours adoré prendre la perspective des enfant quand j’écrivais des histoires, aussi des histoires qui ne semblent pas appartenir à leur monde, comme la mort ou l’obscurité. Et maintenant, je vois les histoires à travers les yeux de mes propres enfants. C’est là le défis, de montrer que la mort n’est pas la fin. Dans la dernière version du scénario, le role de la mère est devenue plus important, certainement car je le suis aussi dans ma vie. J’étais enceinte lors du tournage, et j’ai emmené ma fille. Pour moi le film est plein d’émotions, car moi aussi j’étais si émotive. Ensuite quand ma deuxième était née, avec à peine deux semaines, elle était avec moi toute la journée au studio de post-production. J’adore le cinéma, mes films sont aussi mes enfants. Ma famille me soutient énormément car ils savent à quel point le cinéma est fondamental pour moi.

Vos filles ont elles aimé le film?

Ma première fille voulait tellement voir le film fini. Elle le regardait si attentivement. J’étais très émue. Elle l’a vraiment aimé.

Propos recueillis par Anna Paula Hönig, à Berlin – Février 2018


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