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Elizabeth : l’âge d’or

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Disons d’emblée que le film réussit son opération de séduction mais il faudra alors être un peu plus vigilant à l’égard du discours douteux qui se cache derrière un conte assez plaisant à voir. Pourquoi ce film fascine-t-il autant ? Sans doute parce qu’il ose le romanesque, ne stagne pas dans la reconstruction pédante. Il […]

Disons d’emblée que le film réussit son opération de séduction mais il faudra alors être un peu plus vigilant à l’égard du discours douteux qui se cache derrière un conte assez plaisant à voir. Pourquoi ce film fascine-t-il autant ? Sans doute parce qu’il ose le romanesque, ne stagne pas dans la reconstruction pédante. Il n’a pas peur de transformer des hommes et des femmes ayant réellement existé en personnages de fiction : forts, chargés de passions, invraisemblables modèles sur lesquels déposer nos affects. Ah ! Le plaisir d’une fable : la belle princesse, le charmant aventurier, le vieillard mi-magicien mi-sorcier, la rivalité en amour…

De plus, le cinéaste ne manie pas habilement la caméra et ne maîtrise pas le rythme et le montage : De gros travellings bien gras pour souligner les points forts, musique tambourinante en renfort, effets d’ombres, de contre-jours, de clairs-obscurs (parfois quelques idées assez remarquables comme les ombres des soldats défilant derrière la voile du navire)… C’est bon de temps en temps d’en prendre plein les yeux !
Il n’en demeure pas moins que cette belle histoire d’amour, et son déclenchement fastueux de passions, de couleurs et de décors aurait sans doute gagné à être intemporelle, en commençant, comme toute fable par le bon vieux « il était une fois… » ou alors en faisant plus attention aux objets qu’elle s’apprêtait à manier…

Le film noue des liens ambigüs et gênants avec l’Histoire. Les problèmes commencent alors. Permettons-nous donc une chose qu’on ne peut faire qu’avec les films « historiques » et partons de la fin : de toute façon, tout le monde devrait la connaître ! Retournons à cette phrase finale qui, suite à la victoire de l’armée anglaise sur l’ « invincible armée », énonce solennellement qu’à partir de ce moment, un règne de paix et de prospérité commence… N’est-ce pas une prise de position un peu forte, avec un écho politique explicite? Une plongée verticale montre Elizabeth au milieu d’une carte géante d’Europe : les mouvements flottants de sa robe blanche embrassent tous les pays du vieux continent. Incontestablement, l’effet surprend et le film dévoile ainsi son arrière-plan politique, présent dès le début du film mais qui ne se révéle au grand jour qu’à sa fin.

Pourquoi choisir de convoquer aujourd’hui une figure comme celle d’Elizabeth d’Angleterre ? Pourquoi en faire non pas un film, mais une trilogie (dont celui-ci est le deuxième volet), explicitement à la gloire d’Elizabeth ? On sait qu’elle fit la fortune de plusieurs cinéastes et reste sans doute une figure historique parmi les plus représentées au cinéma. Pourtant, la célébrer aujourd’hui, en 2007, peut susciter à bien des égards des préoccupations ou tout du moins soulever certaines questions. Le fait qu’elle soit aujourd’hui encore une figure contemporaine la rend « dangeureuse ». Elle incarne, représente et résume à elle seule la montée en puissance de la bourgeoisie européenne, de l’essor du commerce mondial, de la soumission de la politique à l’intérêt économique et de la prise du pouvoir de l’Angleterre sur le monde (qui perdure encore aujourd’hui, isn’t it ?).

À l’heure où la bourse de Londres, créée sous Elizabeth, rachète celle de Milan, où l’Angleterre réaffirme sa puissance sur sa fille l’Amérique qui essaya de lui voler la place, où Londres elle-même se couvre de nouvelles tours, il faudrait se demander pourquoi 500 ans n’ont-ils pas suffit à comprendre que cette prospérité intérieure a un prix inacceptable et que la paix n’est qu’apparente ! Colonisation de l’Amérique et des Indes, pillage des ressources, contrôle du commerce maritime : voilà Elizabeth Ière telle qu’elle n’est pas présentée dans ce film, qui, ironie du sort, est réalisé par un cinéaste d’origine indienne.

Le débat serait infiniment long, et l’histoire mériterait un approfondissement majeur. Disons, en guise de conclusion que, compte-tenu des enjeux politiques, de la façon dont il remanie l’Histoire, de son indifférence (aveugle ou volontaire ?) face aux problèmes que cette Figure pose, le film ne peut pas passer comme un simple divertissement à voir un dimanche pluvieux ! Si l’on se penche sur ce qui se cache derrière lui, ce qu’il occulte, ce qu’il essaye justement de faire passer inaperçu, on ne pourra pas non plus lui concéder son côté divertissant, entrainant et jouissif. Et même en acceptant la manipulation et en y trouvant son compte en tant que spectateur, à un moment donné il faut sortir de la salle…

Titre original : Elizabeth: The Golden Age

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Durée : 114 mn


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