DVD « Institut Benjamenta » des frères Quay

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L’édition DVD, onze ans après sa distribution en salle, du premier film des frères Quay est surtout l’occasion de mesurer l’adaptation complexe de leur univers très marqué au format exigeant, parfois très contraignant du long métrage.

Sorti dans nos salles en 2000, soit déjà cinq ans après sa réalisation, le premier long métrage des frères Quay – auquel ne succéda que L’Accordeur de tremblements de terre, en 2005 – aura bien attendu avant de connaître les faveurs d’une redécouverte en DVD. Relative lenteur du processus d’exposition d’un film dont le retrait participe par ailleurs de la direction artistique profonde. Institut Benjamenta est en effet une œuvre dont l’impact esthétique n’a d’égal que la progressive dissolution des actions au profit d’une existence propre des formes et dimensions. Minimalisme narratif (un jeune homme intègre un institut formant de futurs serviteurs, dirigé par un frère et une sœur succombant successivement à son charme étrange) n’ayant d’égal que la présence vertigineuse des fragments d’espace, de corps, de visages. Ce film lunaire est davantage la proposition d’une extraction d’un contexte historique et social défini par l’invention d’un nouveau langage des images qu’une œuvre fictionnelle à proprement parler (adaptée d’un roman de Robert Walser).

Pouvant, de par le soin tout particulier apporté à la composition de chaque plan, le travail méticuleux de son noir et blanc, être rapproché d’un courant tel que l’expressionnisme allemand, Institut Benjamenta est pourtant moins rétro qu’attendu, l’enjeu n’étant assurément pas pour les Quay de proposer la réactualisation mélancolique d’un âge perdu du cinéma, d’un certain primitivisme mais de confronter des figures humaines au point limite de leur visibilité. Comme si l’exposition était par essence un danger, la prémonition d’un empêchement, d’un évanouissement progressif que la bande sonore contribue souvent à souligner avec une certaine malice. A ceci près que cette problématique du visible peut aussi, sur la longueur, aboutir à un enfouissement du dispositif dans ses propres systématismes, un empêchement du discernement des réelles évolutions des rapports au moins « physiques » entre les personnages, sinon leur identification même. D’où qu’une adhésion pleine à la proposition des cinéastes soit honnêtement assez incertaine.

Découvrir aujourd’hui Institut Benjamenta est surtout l’occasion intéressante de mesurer la complexité de l’adaptation d’un univers aussi marqué que celui des frères Quay, définissable surtout dans l’élection d’un principe figuratif très radical, au concept même du long métrage. Presque trop pensé, trop réfléchi, le travail scénographique des cinéastes fascine, intimide tout du long, mais butte sur un point limite de taille, celui du rythme, de la variation. Respiration, sinon du récit – qui on l’a dit n’est pas ici une composante prioritaire –, tout au moins des plans, des corps, des espaces dont ne manquent certes pas les épisodes les plus décisifs du film (le début de la formation du héros, les propositions d’abord implicites puis de plus en plus claires de Monsieur Benjamenta…), mais qui se serait sans doute davantage épanouie dans le cadre d’un moyen métrage (sachant que les frères Quay sont à l’origine auteurs de courts métrages d’animation reconnus).

Bonus
Livret couleur de 36 pages, dont un texte sur les liens entre Robert Walser et les frères Quay
Au cœur de l’institut, un monde entre deux, documentaire de 31 minutes ou acteurs et cinéastes reviennent sur la genèse du film
Sur le tournage d’Institut Benjamenta, making of du film
Deux courts métrages, Songs for Dead Children (2003, 24 minutes) et Eurydice She, so Beloved (2007, 11 minutes)
Bande-annonce
 
 
DVD édité par ED distribution, sorti le 1er mars


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