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DVD Ce cher mois d’août

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Aimer un peu plus « Ce cher mois d’août »… mission impossible ? Cette édition DVD chez Shellac apporte une forme de réponse.

Souvent, la sortie d’un film en DVD, plusieurs mois, quelques années après sa sortie en salle est porteuse d’espoir comme de crainte : espoir de retrouver un plaisir, une émotion au moins équivalents à ceux de la première vision, concernant un film aimé, ou de « redécouvrir » un film moins apprécié avec davantage de recul ; crainte de reconnaître avoir surestimé ce film aimé, ou de ne tout simplement pas parvenir à voir dans ce film moins apprécié plus que la première fois.

C’est malheureusement cette seconde crainte qui s’affirme aujourd’hui, à la redécouverte de Ce cher mois d’août, second long métrage de Miguel Gomes dont nous étions à peu près les seuls à ne pas goûter les saveurs lors de sa sortie, en juin 2009. Toujours ce même sentiment de parfaitement saisir les intentions du cinéaste (celle de mêler à une fiction d’amours adolescentes sur fond de chansons populaires portugaises le making off de cette fiction, avec négociation entre Gomes lui-même et son producteur, casting sauvage des stars du film, mises au point avec l’ingé son, etc.) sans pour autant parvenir à déceler la moindre velléité de dépassement de ces intentions. Tout dans Ce cher mois d’août semble ne s’offrir qu’à la lumière de son éclat bienveillant, de son égalité avec sa fonction, sans que ne soit même envisageable que les choses ne soient pas si simples, si gentiment « à leur place ».

A croire que c’est bien cette absence de crise, d’accroc qui pose finalement problème dans un film par ailleurs tout sauf déplaisant, mais par trop préservé de sa propre négation, son éventuelle altération. Le soulagement est de tout de même reconnaître que ses 2h24 passent toutes seules, que voir Ce cher mois d’août n’équivaut aucunement à un supplice, le film étant très solaire, très aéré, en lui-même presque caressant. Surtout, bien qu’inconséquente, la romance estivale entre les cousin/cousine lui tenant lieu de héros a son charme désuet, celui-là même rendant savoureuses les chansons sentimentales parcourant le film de bout en bout.

Mais est-ce vraiment ce que l’on attend d’un film de Miguel Gomes, réalisateur en 2004 d’un excessif et déroutant La gueule que tu mérites, de ne proposer rien d’autre qu’un objet de détente, de pure décompression voué, si l’on renonce à faire l’effort d’y saisir quelque relief, à figurer parmi les innombrables films oubliés de notre DVD thèque ?

Bonus

Un court métrage intéressant, intitulé Carnaval, posant de manière tragi-comique la question de la juste lecture des propos d’une image privée de son. La confrontation dialectique entre un fait et son interprétation, par le biais d’une mise en avant du hiatus entre son enregistrement et sa diffusion s’avérant infiniment plus stimulante que la mise en abyme un peu paresseuse tenant lieu d’argument à Ce cher mois d’août.

Pour les amoureux du film, trois options de prolongement du plaisir : « Versions longues » (prises complètes), « Variations » (options de montage) et « Inédits » (scènes non montées).


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