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Dernière Sortie pour Brooklyn (Last Exit to Brooklyn)

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Une agressivité de tous les instants. Une violence psychologique éprouvante. Dernière sortie pour Brooklyn est un film étouffant, glauque et peut être un peu trop monocorde.

Le film de Uli Edel est une œuvre sur les dégénérescences d’un Brooklyn sauvage. Le climat du film est délétère, l’œuvre sombre. Une jungle urbaine dans laquelle les gangs apparaissent comme des meutes de félins assoiffés de jalousie et de destruction. L’univers du film est extrêmement sale. Les soldats, certains racistes du fait des insultes négrophobes qu’ils profèrent, partant pour la guerre, sont les proies des new-yorkais du quartier. Les fauves reniflent leur argent et s’attaquent à eux pour les voler de différentes manières : soit en les agressant directement, soit en utilisant une prostituée, Tralala, qui les emmène et les isole, leur faisant miroiter une passe à l’abri des voyeurs, dans une décharge, pour que la meute puisse assomer avec une bouteille les soldats et les voler, comme des vautours s’attaquant à la chair fraîche d’un cadavre animal récemment mort.

La pauvreté, l’insalubrité, la misanthropie de Brooklyn, une bulle infâme, corrompent et font régresser la population vers ses plus simples et terribles méfaits. Le climat du film est aliénant. Qu’en est-il de l’espoir ? Une grève pour réclamer un salaire décent auprès d’une société exploitant ses ouvriers ? Acheter une moto pour séduire Tralala comme veut le faire le fils de Big Joe ? Dérisoire. Le film s’attelle à lier des séquences qui réagissent dans leur diamétrale opposition : Harry Black, syndicaliste, n’éprouve plus de désir pour sa femme. En rencontrant Virginia, un travesti, il s’apercevra de son homosexualité. Préférant regarder la télé plutôt que faire l’amour à sa femme dans leur appartement vétuste, celui-ci la baise violemment, à la limite d’un viol. Les corps ne sont que des bouts de chair, une viande. Succède à ce terrible moment une scène burlesque : Big Joe veut se rendre dans la salle de bain pour satisfaire un besoin naturel. Malheureusement pour lui, sa fille, enceinte jusqu’aux yeux, garde la salle de bain pour regarder son ventre gros comme un ballon. Ne pouvant plus attendre et ignorant que sa fille soit enceinte, Joe pisse par la fenêtre en lâchant un drolatique « Que c’est bon ! ». La scène à l’italienne du film résonne par sa saturation de bruits, de mots, de personnages. Excentrique comme la famille et le père, la séquence comique, qui permet au film de respirer et de s’évader vers des contrées moins lugubres, symbolise la structure duelle du film. Les séquences contraires se chassent. Le ressort comique du film trouve un fil rouge avec la famille du cocasse, parfois ridicule, et loufoque père de famille italien. Cependant, l’horreur coupe l’herbe sous le pied de la bonhomie alternative. La dépravation et l’ignominie se symbolisent lors de la dernière séquence avec Tralala, summum de l’horreur et de l’insoutenable.

La prostituée se rend à Manhattan pour la première fois. Elle reconquiert une certaine virginité. Pour la première fois de sa vie, elle sort de la crasse de Brooklyn. Elle y rencontre un jeune officier jouissant de ses deux derniers jours de perme. Tombant amoureux d’elle, il lui propose de passer ses deux derniers jours sur le sol américain avec lui. Cupide, Tralala accepte. Le jour du départ du jeune officier, la jeune femme, perdue, réalise qu’elle venait de caresser un bonheur qu’elle ne vivrait plus. Déchirée, elle rentre à Brooklyn. Saoûle, elle offre une « tournée générale » à tous les hommes crasseux du bar dans la décharge où elle emmenait ses anciennes proies se faire voler. Le renversement de situation est terrible. Hurlant, « je vous baise tous ! », Tralala se souille de la plus terrible des manières en se faisant baiser salement par une horde d’une cinquantaine d’hommes. La séquence est extrêmement choquante. Insupportable. Elle rappelle un film plus récent qui utilisa le même principe de souillure et d’irrespect pour soi germé dans la paupérisation des quartiers américains et l’addiction : Requiem For a dream. La séquence est effroyable et tragique. Au même titre que le fils de Big Joe, qui avait acheté sa moto et voulait que le premier tour de piste sur l’engin soit pour Tralala, pleurant dans les bras de la prostituée lui assénant que cela ne sert à rien de pleurer, dans une Piéta dérisoire et assommante, l’écoeurement et la tristesse prédominent.

Last exit To Brooklyn est une aporie. Les vies sont des échecs, les personnages font du surplace, comme le film. La narration ne suit quasiment aucune évolution. Les personnages se révèlent dans leur excès et leur décrépitude mentale et physique. Harry Black est tabassé pour avoir voulu donner une fellation à un adolescent. Celui-ci s’enfuit et appelle la meute. Il tabasse Harry. Le dernier plan sur ce dernier le montre comme le crucifié du film. Ils le sont tous. Bien que le bébé de la fille de Joe, baptisé, soit peut-être l’image du renouveau, comment y croire après avoir vu ce chaos ? Peut être est-ce la prochaine victime de la terrible vie montrée par le film dans Brooklyn. Profondément pessimiste et atterrant.

Titre original : Last exit to Brooklyn

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Durée : 102 mn


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