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Comédie, mode d’emploi : Judd Apatow, story of a funny guy

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Premier livre d’entretien consacré au nouveau « king » de la comédie US, « Comédie, mode d’emploi » d’Emmanuel Burdeau offre une précieuse occasion de mesurer l’art d’Apatow à la hauteur de l’homme, son parcours, ses multiples angoisses. Not so funny, Judd ?

Il était temps. Largement temps, cinq ans après sa consécration suite au coup d’éclat 40 ans, toujours puceau (The 40 year old virgin, 2005), de donner la parole à celui qui pour tant de cinéphiles est devenu le « nouveau maître de la comédie américaine ». Temps surtout, un an après la sortie de son troisième long métrage, Funny people (chef-d’œuvre d’humour noir et grand film existentiel pour certains, grande chose incohérente et interminable pour d’autres), d’entendre (lire) de la propre bouche de l’auteur le récit de son ascension, l’histoire singulière de Judd Apatow, gamin fasciné durant les seventies par les stars du stand-up, quadra devenu en toute fin des années 2000 rien moins que le centre de gravité du cinéma comique US.

C’est ce récit qui est aujourd’hui offert par l’entremise de Comédie, mode d’emploi, livre d’entretien entre Emmanuel Burdeau (ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, aujourd’hui directeur de collection aux éditions Capricci) et Judd Apatow, offrant sur plus de cent pages l’occasion de réfléchir à ce cinéma par le biais de la vision propre de sa tête pensante. S’y fait jour un lien permanent chez ce dernier entre angoisse, perpétuelle remise en question de son art comme de sa trajectoire de vie et élaboration des scénarii des films que lui même et les multiples cinéastes de la « team Apatow » réalisent. Lien subtilement décrypté par Burdeau dans « Introduction à la vie comique », préface invitant à mesurer à quel point le comique d’Apatow se situerait dans une prise de conscience profonde de la dissolution de l’humour, du gag, du drôle, dans la vie même de chacun.

 
Parlant d’ « integrated comedy », en référence directe à l’ « integrated musical » ayant révolutionné ledit genre par le biais du prolongement, chez Vincente Minnelli, de la ligne narrative des films par des numéros de danse communiant sans écart avec elle, Emmanuel Burdeau voit à l’inverse l’humour des comédies d’Apatow comme une forme d’art de vivre émancipée de toute professionnalisation. Ordinaire du rire expliquant en partie le caractère souvent monotone, tout sauf « efficace » de ces comédies ; dévoilant surtout la part de désarroi existentiel poussant les personnages de ce cinéma à la dépense référentielle, à la ré-interprétation imagée de tout non-évènement de leur vie.

Regard du critique et confidences du cinéaste se rejoignent ainsi avec élégance ; une pertinence notable surtout à l’évocation de la formation progressive – et vraisemblablement liée à une pure logique de fidélité – de la fameuse bande à Apatow. De sa période de colocation avec Adam Sandler, ayant logiquement abouti à la genèse, des années plus tard, de Funny people aux années de collaboration au Ben Stiller Show, justifiant la sélection de l’acteur pour la réalisation de Disjoncté (1996), en passant par la découverte, lors du casting de la cultissime série teenage Freaks and Geeks (1999-2000), de celui qui deviendra pour lui une forme d’alter ego, j’ai nommé Seth Rogen, tout est dit. Comédie, mode d’emploi, à défaut de garantir un amour fou pour ce cinéma, s’avère d’ores et déjà un outil indispensable pour toute approche prochaine des films  labellisés « Apatow »… et pourquoi pas, plus largement, de la comédie américaine d’aujourd’hui.

Comédie, mode d’emploi : Entretien avec Emmanuel Burdeau, Editions Capricci

 



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