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Coffret 2 DVD Alain Cavalier : « Le Combat dans l´Île » et « Libera me »

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Alors que « Pater » paraît en DVD, Arte Editions nous invite à (ré-)explorer un pan de l´étonnante et admirable filmographie d´Alain Cavalier. Deux films à l’honneur : « Le Combat dans l´Île » et « Libera me ».

La première bonne raison de se réjouir de cette parution automnale réside évidemment dans la possibilité de revoir Le Combat dans l’Île. Si le film était certes déjà disponible à la vente, la copie proposée par Arte est tout à fait magnifique, rendant pleinement hommage au somptueux noir & blanc de Pierre Lhomme, directeur de la photographie. Cette réédition se distingue également par deux boni de taille : un court métrage inédit du réalisateur (Faire la mort, réalisé en 2011) mais encore et surtout un second DVD présentant le radical et épuré Libera me.




Le Combat dans l’Île frappe d’abord par sa composition très soignée, sa facture presque classique, pour le moins éloignées des derniers films du cinéaste. Cinquante ans après sa sortie, le premier film d’Alain Cavalier interpelle également par la force polémique de son sujet et son arrière-plan politique d’une brûlante actualité à l’époque, la guerre d’Algérie. Il faudrait encore louer la supervision du film par Louis Malle mais également les dialogues du alors tout jeune Jean-Paul Rappeneau. Au coeur du film, il y a enfin et surtout un trio d’acteurs absolument admirable, Jean-Louis Trintignant, Henri Serre et surtout Romy Schneider. En état de grâce, l’actrice interprète ici son premier véritable rôle dramatique à l’écran : sa composition est admirable de naturel et de retenu. Sublimé par les éclairages et le faste d’un noir et blanc riche de mille nuances de gris, le visage de l’actrice illumine l’ensemble du film.

Face à elle, deux anciens amis qui se disputent son amour : Clément, qui appartient à un groupuscule extrémiste, et Paul, imprimeur qui recueille Clément après que celui-ci a commis un attentat manqué. A travers les errements et les déchirements de ces trois êtres, c’est bien évidemment de la guerre d’Algérie dont nous parle ici Alain Cavalier. Deux amants pour une femme, un peuple qui se déchire et se combat pour une même terre aimée. D’un côté la voie de la raison, un Paul prêt à perdre la belle Anne. De l’autre, Clément, violent et déterminé, refusant le compromis et faisant de ses amis ses ennemis. L’affrontement entre deux hommes et deux visions devient inévitable. Ce sera donc ce combat final dans l’île, un petit morceau de terre jouxtant le domaine de Paul.
 
 

Galop d’essai mais coup de maître : Le Combat dans l’Île passionne pour ce qu’il reste aujourd’hui, un très grand film, et pour ce qu’il nous renvoie a posteriori des débuts d’Alain Cavalier. Plus de trente ans séparent Le Combat dans l’Île (1961) et Libera me (1993), deux films qui traitent du même sujet (à savoir : la violence des hommes, l’extrémisme politique, le fascisme) mais sur des modes très différents. Au début des années 60, Le Combat dans l’Île se frayait un chemin singulier quelque part entre la Nouvelle Vague et le cinéma de Louis Malle. Au milieu des années 90, Libera me, film sonore mais sans aucune parole, relève quant à lui de l’expérimentation pure, d’un travail singulier et radical qui confine à l’exercice de style. Associer ainsi les deux films au sein d’un même coffret permet de mieux révéler leur différence et leur proximité, et à travers elles, de prendre acte, en trente ans et dix films, des permanences et évolutions du réalisateur. La quête d’une épure et la recherche de l’universalité se font jour dans Libera me, film concept au parti pris très fort, réquisitoire sans parole contre toute forme d’oppression. Si cette tentative, souvent puissante, parfois forcée, n’est pas pleinement aboutie, elle fut rétrospectivement une étape fondamentale dans la mue du cinéma d’Alain Cavalier vers la veine biographique et documentaire qu’explorent les derniers opus du cinéaste.

Un coffret qui ravira donc les curieux et les amoureux d’Alain Cavalier. Un double programme tout à fait passionnant, du grand cinéma politique où le style, l’engagement et la générosité du cinéaste crèvent l’écran.


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