Clermont-Ferrand : Jour 7

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Il faut bien avouer que cette année notre chronique ressemble de plus en plus à un bulletin météo de la région auvergnate.

À la séance d’ouverture, c’était Théodore Ushev ; aujourd’hui, Michèle Lemieux se charge de confirmer le Canada comme terreau historique et inépuisable de talentueux réalisateurs expérimentaux. Lemieux a conçu Le Grand ailleurs et le petit ici (2012) sur un écran d’épingles, invention déjà évoquée lors du bilan de la 8e Fête de l’anim’ 2012. De quoi prendre conscience du large spectre de possibilités offertes par l’écran d’épingles. Lemieux trouve son propre style, conserve un intérêt pour l’évolution fluide des formes tout en déconnectant ses séquences en quatre chapitres.

Un homme est assis dans sa maison circulaire, le visage lunaire, l’air troublé. L’homme rond ne le sait pas encore mais il n’est constitué que d’épingles. Inconsciemment, en pleine recherche de cette vérité, l’homme s’égare, touche d’autres épingles partagées entre son monde et le nôtre. Ces objets s’animent, un aspirateur barrit en absorbant tout autour de lui. L’homme rond nous regarde, la bouche ouverte, estomaqué, il comprend. Il s’éteint, petit à petit, caché par l’écran d’épingles qui, progressivement, tourne sur lui-même. Nous pouvons enfin contempler la réalité de l’homme d’épingles, part éphémère d’un tout évolutif.

Par son art, Lemieux fait danser une conception du monde, mystique et vertigineuse. Chaque épingle renvoie à nos atomes : nous sommes, comme cet homme rond, des portions d’art. Le Grand ailleurs et le petit ici fabrique un miroir déformant notre réalité, la pliant délicatement – drôlement parfois -, la soumettant à une technique proche de l’animation. On rit, on s’interroge, comme l’homme lunaire. En 14 minutes, Lemieux nous promène dans une habitation, peu à peu élargie par un cosmos fait d’épingles. Le Grand ailleurs et le petit ici a quelque chose de bouddhiste, montrant l’éveil du personnage principal. Malicieux, cosmique et ludique, Le Grand ailleurs et le petit ici rappelle, une nouvelle fois, toute la magie de l’écran d’épingles.

Clermont-Ferrand : Jour 6


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