Clermont-Ferrand : Jour 4

Article écrit par

Traverser la ville de Clermont la nuit sous la neige nous plonge dans une sorte de féerie cauchemardesque.

Trois enfant, pas un seul fils. Pour que sa naissance ait lieu, suivant la tradition, le père musulman, anonyme, décide de gravir une montagne pour sacrifier à Dieu un mouton. Pénible périple, forêt, brouillard, un pont de pierre, colossal, des pentes d’un vert pastoral, contredisant la dureté du pèlerinage sans l’adoucir réellement.

Qurban (Anar Abbasov, 2011), d’une bigoterie d’apparence bien fade, construit tout du long une dialectique de l’homme vers un supposé Dieu. Même athée, même loin, physiquement et mentalement, de cette ruralité extrême, il est possible d’être atteint par ce conte spirituel. L’œil de la caméra ne prétend pas représenter Dieu et ne se moque jamais de son sujet principal, qu’il suit sans occulter ce paysage infini. Quand ce regard part de l’homme, priant, pour lentement tracer un cercle solennel, balayant une vallée en contrebas, pour échouer sur le musulman, on pense voir l’œuvre d’un cinéaste arrogant. Pourtant, les deux twists finaux, doublon efficace, chassent tout mauvais procès.

Qurban est une œuvre d’une belle sobriété, sans artifice, sans religiosité poussive. Cet aller-retour chemine vers autre chose que Dieu, il traite avant tout de l’homme, humble, un peu naïf peut-être. Qurban ne tire jamais sur la corde sensible ; en optant pour une visée cérébrale, le film prend des risques sans jamais se casser la figure.

Clermont-Ferrand : Jour 3


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.