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Charles et Lucie

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Une affiche qui ressemble à un tableau de Magritte : deux silhouettes, un chapeau, une pomme, et nous entrons dans le film de Nelly Kaplan, Charles et Lucie. Où plutôt elle nous ouvre son univers, son rêve ; elle nous donne à voir sa vision du monde, onirique. Surréalisme, évidemment, elle ne s´en éloigne guère. […]

Une affiche qui ressemble à un tableau de Magritte : deux silhouettes, un chapeau, une pomme, et nous entrons dans le film de Nelly Kaplan, Charles et Lucie. Où plutôt elle nous ouvre son univers, son rêve ; elle nous donne à voir sa vision du monde, onirique. Surréalisme, évidemment, elle ne s´en éloigne guère.

Nous allons alors suivre les tribulations d´un couple, incarné par Ginette Garcin et Daniel Ceccali. Elle est femme de ménage, il est un peu brocanteur, surtout râleur. Usés par la routine, ils ne cessent de se chamailler et ne sont pas à l´aise dans leur petite vie étriquée. Jusqu´au jour providentiel où ils voient débarquer un notaire. Il leur annonce qu´ils viennent d´hériter, (une cousine inconnue) d´une villa dans le sud, et surtout d´une voiture, une belle américaine. Ils n´ont qu´à vendre tout ce qu´ils possèdent à Paris et partir. Les voilà nouveaux riches, et les rêves qui vont avec le gros cigare foisonnent dans leurs yeux de petites gens. Trop beau pour être vrai ? Evidemment.

Ils vont de désillusion en désillusion. Et très vite, ils comprennent que non seulement ils se sont fait avoir mais surtout qu´ils sont poursuivis par la police. Alors sans un sou, loin de ce qu´ils connaissent, ils vont embrasser une vie de brigands, un peu comme Bonnie and Clyde mais comme nous sommes dans une comédie, leurs crimes seront moindres et surtout drôles ! Leur trouille les rend attachants. Et quand à la fin, ils racontent leur histoire aux clients du restaurant, ils sont beaux, pleins de complicité amoureuse. Ou dans leurs habits d´épouvantail, de clown quand on les voit de dos, s´éloigner comme Charlot et Paulette Godard s´en vont à la fin des Temps Modernes, quand ils marchent main dans la main, ils sont émouvants.

Cette histoire d´amour simple et pudique est construite comme un road-movie. Embarqués dans la Cadillac rose, ils roulent vers le soleil. On a l´habitude de voir des jeunes gens, évoluer dans ce genre, comme dans Easy Rider. Souvent utilisé pour mimer le passage entre l´enfance et l´adolescence, le road-movie marque l´idée d´un rite, du passage d´un temps à un autre, soit choisi comme Papa (premier film réussi de Maurice Barthélemy) soit subit comme Thelma et Louise (qui prennent la fuite pour se sauver). Le principe de ce genre n´est pas de savoir où l´on va. Ce qui importe vraiment, c´est la route, les rencontres qu´on y fait. Celle de la bohémienne (jouée par Nelly Kaplan elle-même) par exemple, qui fait prendre au couple conscience de la liberté et que les embûches, les obstacles, à chaque fois surmontés, rendent plus fort puisqu´ils ne tuent pas. Et la réalisatrice le dit elle-même : de plus en plus misérables, ils sont de plus en plus riches dans leurs têtes.

Ce film, truffé de gags, est drôle. Construit comme un conte, on laisse les personnages en fin de quête mais aux prémisses d´une vie nouvelle. Ils prennent la route ouverte, celle que l´on a déjà vu dans La Fiancée du pirate, qui laisse tellement de place au rêve. Place au spectateur aussi. D´abord parce qu´on identifie à ces deux personnages des gens que l´on connaît. Puis parce qu´ils nous font partager leur rêve. On a envie de les connaître ou on est heureux qu´ils nous aient laissés partager un peu de leur vie.

Donc, entre vie et rêve, il y aurait le rêve d´une vie. Charles et Lucie choisissent de vivre leurs rêves plutôt que rêver leur vie. Et c´est une belle apologie de la liberté que nous livre Nelly Kaplan, une ode à la vie et au rêve.

Titre original : Charles et Lucie

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Durée : 95 mn


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