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Carrière dans la gueule : Roman Polanski

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<< La solitude est un cercueil de verre >> Ray Bradbury
Depuis sa petite enfance, la vie de Roman Polanski est une tragédie. Toute son existence a été une révolte contre la haine et l’enfermement et toujours, dans son art, il a sublimé le désespoir .

Roman Polanski, sa vie, son œuvre sont placés sous le signe de l’enfermement, de la réclusion. Si cette dernière est bien réelle depuis quelques semaines pour le cinéaste, c’est surtout le thème majeur qu’il déclinera dans l’ensemble de son travail. Que ce soit la folie, la solitude ou bien la détention concrète – celle de Szpilman dans Le Pianiste –, les films de Roman Polanski sont habités par cette idée, qu’il confiera à ses interprètes.

D’abord, il y a l’enfance tragique, celle du ghetto de Cracovie, la mort de sa mère à Auschwitz dont il ne se remettra jamais. Même si Polanski se « refuse à cette référence : il déteste qu’on s’apitoie » (1), comment expliquer son retour en Pologne quarante ans après et sa décision de tourner Le Pianiste – qui raconte l’histoire vraie du compositeur Wladyslaw Szpilman, survivant du ghetto de Varsovie –  sinon pour exorciser ce traumatisme initial, celui de la Shoah ? On dit que l’Art sublime les douleurs les plus intimes et les plus profondes. Rien n’est moins sûr ici, car l’assassinat de sa mère dans une chambre à gaz est une première mort pour le petit Roman. Très vite pourtant, il découvrit le cinéma et il eut l’intuition qu’il pouvait exploiter ses propres blessures, les soigner sur un écran, faire des films pour apaiser sa souffrance.

La solitude, l’enfermement : thème polanskien central donc. Dans Rosemary’s baby (1968), Mia Farrow est impressionnante dans le rôle d’une femme esseulée au bord de la folie. Dans Lune de fiel (1992), Polanski montre à quel point une passion amoureuse peut-être destructrice et même mortelle. Un mur se construit simultanément autour du couple puis entre les amants eux-mêmes. La violence des uns crée la solitude des autres. Le Locataire (1976) fait le récit d’un homme qui subit la pression exercée par son voisinage, des violences réelles et fantasmées aussi, et  finit par se suicider. Dans le Bébé de Rosemary toujours, il y a les cauchemars de l’héroïne, symptômes de la folie et autre forme de prison. Le huis clos qui concentre l’action et intensifie le drame est parfaitement utilisé par Polanski dans La jeune fille et la mort (1994). Sigourney Weaver (magistrale) s’enferme dans la violence, la vengeance. Autre réclusion.

Le cinéaste va donc s’évertuer dans ses œuvres à regarder la nature humaine (et sa condition). Cette nature est plûtot mauvaise. Balayant les critiques qui le taxent de pessimiste, il s’exprime en ces termes : « Je crois qu’il faut seulement parler de réalisme, il n’y a pas tellement de raisons de croire que l’homme est bon. »

Roman Polanski a donc connu la tragédie européenne dans son horreur incommensurable. Un peu plus de 20 ans plus tard, il connaîtra la tragédie américaine avec l’assassinat de Sharon Tate, sa femme alors enceinte de huit mois, dans des conditions particulièrement atroces. Désespéré, il décidera de continuer à vivre. Pour lui, pour son Art. On le lui a reproché. Il faut croire que l’hallali est un sport qui traverse sans une ride les décennies. Lorsqu’un fou tue votre femme, devenez-vous par votre résiliance un être peu recommandable ?

En ce mois d’octobre 2009, Roman Polanski est incarcéré dans une prison qui aura constitué la trame principale et commune de son existence et de son œuvre. Sa vie a toujours été une tentative d’évasion qu’il aura réussie, toujours. Pour notre plus grand bonheur et le sien. Souhaitons que cette fois-ci encore, il en réchappe.

Notes: (1) Pierre Billard, in Le Point, 29 octobre 1979, p.131.


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