Broken

Article écrit par

Adaptation catastrophique d’un roman de Daniel Clay, « Broken » est un drame de quartier plutôt ridicule, poussant le goût de la tragédie jusqu’à l’épuisement du spectateur.

Dans le fourre-tout de la distribution estivale, Broken porte bien son titre et les traces de sa propre confusion. C’est le premier long métrage du britannique Rufus Norris, metteur en scène de théâtre avant d’arriver au cinéma, qui choisit d’adapter un roman, aidé par le scénariste Mark O’Rowe (déjà auteur en 2010 de la transposition de Boy A). Les deux films ont en commun, comme d’ailleurs une grande partie de la production britannique, cette importance donnée au destin – les premiers Ken Loach en sont d’excellents exemples -, cette conscience d’une fatalité bien plus forte encore que les balancements des personnages : on se souvient de l’ultime plan sur le jeune criminel interprété par Andrew Garfield dans Boy A, qui souriant, acceptait presque avec résilience l’échec de sa cavale. Ici, qu’importe les tragédies et les rebondissements aussi violents qu’absurdes qu’empile le scénariste, la scène finale est de toute façon déjà écrite.

Ce happy end, le plus ésotérique et niais qu’on a vu depuis longtemps écrase l’entièreté du film par sa prévoyance. La réunion d’un père et de sa petite fille, unis avec tant de force dans la vie que la mort ne fera pas le poids (sic). Le film n’a que cela à raconter. L’amour filial, incarné avec pas mal de retenue par Tim Roth, est presque justifié, scène après scène, comme une valeur refuge face aux déchaînements d’un voisinage un peu excessif.
Dans le désordre, deux fausses accusations de meurtres, trois passages à tabac, une fausse couche puis une mort et enfin un double assassinat, tout cela en 90 minutes, en l’espace d’un quartier. L’outrance du drame n’est même pas volontaire, il s’agit au contraire d’éprouver l’innocence de l’enfant, de lui montrer combien la vie est cruelle, la tragédie ordre du quotidien. Rien que ça.

Le film se laisse pourtant voir, déroulant son programme lourdingue, habité comme souvent dans le cinéma britanniques de bons acteurs. Ici, on notera en plus des fioritures de filmage du plus mauvais effet, les tentatives de poésie du quotidien de la jeune fille par des vignettes brouillées et nostalgiques. Broken se laisse regarder comme une mauvaise sitcom, où l’on attend en ricanant les prochains rebondissements ou effets devinés d’avance, désolé par l’absence de toute identité, de toute tentative de faire autre chose qu’un catalogue pour théâtre filmé un peu daté, tire-larmes du mois d’août.

Titre original : Broken

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 90 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..