Black Blood

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Les vases non communicants.

Le jour se lève. Devant sa femme, Xiaolin prend une gamelle, la remplit, boit tout son contenu. Puis, il la remplit de nouveau, et boit tout son contenu. La remplit de nouveau, et boit tout son contenu… La radio chinoise claironne sa propagande. Une petite fille sage récite ses leçons : « Notre pays est si vaste ». Si vide. Seul écho dans ces terres arides : les rots d’indigestion de Xiaolin, qui a fait de sa panse une outre pour mieux se vider de son sang chez le marchand d’hémoglobine. Mutisme buté, récital d’éructations et de casseroles comparable à un concert de musique concrète, paysages minéraux et désolés en noir et blanc, l’horizon d’une usine rougeoyante comme les flammes de l’Enfer devant laquelle on vient pisser toutes les larmes de son corps : contre toute attente, Miaoyan Zhang donne dans le punk industriel.

Coup de boule lymphatique, Winter Vacation de Li Hongqi, sorti au tout début de l’année, exploitait déjà une ironie à la fois vive et mordante sous des dehors pourtant trapus et végétatifs. Le contraste, réussi, fonctionnait comme une véritable douche froide sans pour autant jamais virer à la caricature, grâce à une approche étonnement fine et sensible de l’humanité. Telle une friche peu à peu gagnée par le chiendent, Black Blood, au contraire, semble avoir adopté la sécheresse coupante de son esthétique mortifère, jusque dans la mise en scène de ses personnages. Monstrueuse erreur. Car, malgré quelques moments de grâce vécus suite à leur précaire ascension sociale – mieux que l’eucharistie, la multiplication des moutons –, très vite, le manège quotidien du couple de fermiers dégénère en farce cruelle, envers laquelle le cinéaste semble n’avoir qu’une compassion de façade.
 
 

Le drame est pris en étau entre l’emphase tragico-lyrique de sa photographie et un goût impitoyable pour la satire, bienvenue au début mais poussive, voire carrément déplacée à la fin. L’autocomplaisance du réalisateur pour ses propres effets, répétés jusqu’à l’indigestion, vampirise toute la pertinence du propos formel et politique établi dans les premières séquences, à notre plus grand écoeurement. De figure burlesque tragico-absurde, Xiaolin mue alors en bouc émissaire creux et débile, pour lequel il s’avère même difficile d’éprouver de la pitié. Miaoyan Zhang, en picador pénible, n’hésite pas à traiter son anti-héros, déjà bien abîmé, comme un taureau dans une corrida. Black Blood n’en finit pas de finir, et on en viendrait presque à hurler à son démiurge implacable d’achever sa victime tant le cirque du suicide raté sonne horriblement faux.

« Quand je fais une grosse bêtise je me mets vite à pleurer […] – Mais je t’ai vite pardonné je ne suis pas rancunier »

Toutefois non content de rater sa pendaison, Laurel persiste et signe en nous faisant croire à une deuxième tentative du haut d’un rocher. Miaoyan Zhang ne sait visiblement pas s’arrêter et c’est là son plus grave défaut, ça et celui de ne pas sentir lorsqu’une blague devient grossière. Au regard de son potentiel, c’est dommage. Certes, le rire est, paraît-il, la politesse du désespoir… encore faut-il que ce soit bien amené et, pourquoi pas, partagé.

Titre original : Black Blood

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Durée : 123 mn


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