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Mikhalkov est un nom russe connu en France en tant que tel sans que l’on se rappelle que c’est aussi le nom d’un formidable réalisateur.

Il est assez étrange qu’un film aussi « russe » puisse venir jusqu’aux spectateurs français. 12 de Nikita Mikhalkov fait partie de ces rares films russes qui sortent en France. Ayant eu son heure de gloire avec Partition inachevée pour le piano mécanique (1977), Les Yeux noirs (1987), Soleil trompeur (1994), Nikita Mikhalkov est aujourd’hui considéré à tort ou à raison comme un nationaliste, un réactionnaire ou encore un protsariste.

Le scénario du 12 superbement écrit par Aleksandr Novototsky-Vlasov et Vladimir Moiseyenko, les scénaristes de Le Retour (Lion d’or 2003), emprunte et sied parfaitement à la forme de la pièce écrite par Reginald Rose. Seulement le sujet ne peut rendre le film équitablement raisonnable car la colère du désaccord entre les russes et les tchétchènes n’est pas encore éteinte et ne permet pas encore de juger objectivement. Là où Sidney Lumet montrait les inégalités sociales dans Douze hommes en colère dont 12 est un remake captivant, Mikhalkov appuie son point de vue paternaliste, avec une solution magnanime mais passablement biscornue.

 

Dans la salle de sport d’une école – car le tribunal est en travaux – douze hommes doivent décider du destin d’un jeune tchétchène qui aurait soit disant tué son beau-père et pris son argent. La décision doit être unanime. Lorsque les onze jurés s’apprêtent à condamner l’adolescent, le douzième vote contre car il lui semble inhumain de condamner sans réfléchir ni parler. Dès lors s’engage une véritable bataille verbale pour rétablir la vérité.

On pourrait penser qu’un film qui se passe en huis clos peut être assez monotone. Mais le cinéma de Mikhalkov n’accepte pas l’ennui et il relève le défi avec des scènes spectaculaires. Quand le chirurgien géorgien démontre ses capacités caucasiennes à manier un couteau ou quand le chauffeur de taxi fait virtuellement revivre une histoire de crime abominable au producteur d’une chaîne de télévision, on reste le souffle coupé et admiratif.

 

   

Les personnages quoique assez typés – le sage juif, le chauffeur de taxi raciste, le comédien bouffon etc. – sont très colorés, différents, touchants et merveilleusement interprétés par les meilleurs comédiens russes actuels. Le film possède de nombreuses qualités et pourtant il se regarde comme un gâteau trop gras et trop sucré qu’on ne devrait pas manger mais qui est bon jusqu’à l’écœurement.

Un petit moineau survole fiévreusement la salle, petit mais lourdement présent dans la salle comme cette icône orthodoxe qui ouvre la séquence des grands débats et la referme. « L’âme russe a été tuée, pervertie par l’athéisme et le mensonge » se plaint Mikhalkov dans une interview. Le piano de la salle dont on ne peut se servir qu’à travers des barreaux, une seringue et un soutien-gorge surdimensionnés trouvés dans les vestiaires… Les images sont exagérément illustratives de la société contemporaine. C’est le sermon de Mikhalkov ?

Dépité par la « macdonalisation » de son pays, le réalisateur fait appel aux bons sentiments des spectateurs. A travers le film, chacun des jurés prend son temps et raconte l’histoire de sa vie. De cette façon, il incite la compassion de ses camarades, de sorte qu’ils changent d’avis et finissent par disculper le jeune tchétchène. Quelques preuves sorties du chapeau, on commence à croire que la compassion devient supérieure à la justice pour Mikhalkov, qui apparemment ne croit plus au processus démocratique. Si les inscriptions soviétiques tellement généreuses sur les murs de l’école « Paix, Travail, Bonheur » suscitent une larme nostalgique chez certains, cela provoque un grand soupir de soulagement chez les autres.
 

Titre original : 12

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 155 mn


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