007 Spectre

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Le précédent James Bond réalisé par Sam Mendes était brillant. Ce nouvel opus décevant.

Un éloge de la lenteur

Se situant après l’action de Skyfall (2012), ce nouvel opus suit James Bond enquêtant sur un réseau criminel alors même qu’il est mis de côté au MI6. C’est d’ailleurs tout le programme des agents « double 0 » qui est menacé par une réorganisation de grande ampleur, visant à remplacer l’action sur le terrain par de l’écoute et de la surveillance de l’information. Tout débute bien dans ce 24e opus de la saga James Bond, avec la fameuse gun barrel sequence, cette scène où l’on voit James Bond tuer un ennemi à travers le canon d’un pistolet, accompagnée de la célèbre musique de Monty Norman réarrangée par John Barry. Sam Mendes, aux commandes, nous emmène à Mexico pour la fête des morts où l’action, tournée en plan-séquence, démarre fort.

Le film se dilue ensuite dans une multitude de lieux sans réelle connexion. À l’inverse de Skyfall, efficace, 007 Spectreperfectionniste, se perd dans le détail. Dans ses investigations, James Bond emmène Madeleine Swann, interprétée par Léa Seydoux, dans une ancienne cachette recommandée par feu son père. La caméra s’attarde sur de nombreuses photos, présente une atmosphère onirique et s’alanguit d’échanges sans intérêt. Sam Mendes est bon gré mal gré prisonnier du format imposé par James Bond, avant tout un film d’action, alors qu’il ne rêve que de se perdre dans d’interminables séquences émotionnelles. C’est d’autant plus flagrant dans le complexe industriel en plein désert. Les scènes de dialogue pèsent double face à des fusillades distillées au goutte à goutte et des explosions réduites à quelques secondes. C’est un parti pris regrettable dans un James Bond qui porte un héritage et qui subit également la concurrence de nouveaux venus parfois plus efficaces (la série des Mission : Impossible par exemple).

Une banalisation de SPECTRE

SPECTRE est apparu très tôt dans les films de James Bond, dès Dr No (Terence Young, 1963). Le méchant Dr No, interprété par Joseph Wiseman, révèle qu’il est membre du SPECTRE (SPecial Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion), une organisation secrète mafieuse et criminelle fondée par Ernst Stavro Blofeld dans les romans et films de James Bond.  Le SPECTRE vise à dominer le monde tout en recherchant le profit à travers des actions sordides tels que des kidnappings, des extorsions, des attentats. Tout au long des nombreux James Bond, l’organisation du SPECTRE se dévoile peu à peu – la première fois dans Opération Tonnerre (T. Young, 1965) où sont dévoilées leurs fameuses réunions autour d’une table, à l’image d’un conseil d’administration du crime. Sam Mendes réalise pourtant à ce stade une erreur de lecture du personnage de James Bond. Il propose avec cet opus une œuvre de synthèse. On en apprend plus sur la vie de James Bond et son personnage dans ce film que dans les 23 précédents métrages. Sam Mendes lève le voile sur l’intime du personnage, son passé, son appartement à Londres, son lien secret avec Ernst Stavro Blofeld. C’est racoleur et terriblement inutile.

À l’image de Permis de tuer (John Glen, 1989), l’action avait mis en avant une vendetta privée poussant James Bond à « venger » son ami Félix Leiter et son épouse. Le film avait déçu. James Bond en devient sombre, miné, faible à l’image de la musique du générique Writing’s on the Wall de Sam Smith. C’est visiblement également assumé par Daniel Craig qui n’a de cesse de répéter qu’il veut humaniser James Bond. La lecture des romans de Ian Fleming prouve le contraire. C’est un héros charismatique plus qu’un Batman de l’ombre. 007 Spectre transforme malheureusement la suite de films de James Bond en série James Bond. C’est regrettable à plusieurs niveaux. Historiquement, les romans de Ian Fleming proposent des aventures fort différentes les unes des autres, nous habituant à des intrigues variées. De même, le personnage de James Bond ne peut se figer dans une continuité, dans la mesure où il ne se révèle pas entièrement dans chaque film. On le découvre par petites touches, sans en percevoir véritablement les contours dans sa globalité. Ce que veut proposer malheureusement 007 Spectre : moins mystérieux, le personnage devient fade.

Un antagonisme schizophrène

007 Spectre présente un affrontement entre une vieille école, celle des flingues et des écoutes derrière la porte, et une autre qui rime avec une information omniprésente accessible par ordinateurs et smartphones. Ce débat n’est pas nouveau. Ce couplet avait déjà été récité dans Demain ne meurt jamais (Roger Spottiswood, 1997), où Elliot Carver, puissant magnat de la presse, avait des pouvoirs similaires à ceux du SPECTRE. La différence réside ici dans le fait que le personnage de James Bond se défend de sa propre utilité. Son service est menacé de fermeture au profit d’un système de surveillance. À l’appui de son plaidoyer, l’avocat « M », chef de James Bond, l’affirme ouvertement dans le déroulement de l’action : nous aurons toujours besoin d’hommes pour appuyer sur la détente, on ne peut se contenter d’espionner avec des drones.

007 Spectre est caricatural dans cette présentation bipolaire entre un espionnage à l’ancienne comme dans Goldfinger (Guy Hamilton, 1964) où James Bond apprivoise son ennemi en le côtoyant de façon mondaine et un monde où l’information permet d’accéder à tout, sans se déplacer. Ce comportement est schizophrène. James Bond use et abuse des technologies pour avoir une longueur d’avance sur ses ennemis. Il ne peut condamner ce développement de la technologie alors qu’il en bénéficie. Dans 007 Spectre, James Bond s’appuie à de nombreuses reprises sur Q, personnage hybride entre un geek lambda et Boris Grishenko (Goldeneye, Martin Campbell, 1995). La présentation d’un James Bond défenseur de la « bonne vieille méthode » (« the old fashion way ») ne convainc pas. Et si le prochain revenait à une bonne vieille histoire avec les Russes, façon Guerre Froide ? Mieux, avec de l’humour ?

Titre original : Spectre

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Durée : 150 mn


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