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On va tout péter

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Avec l’ultralibéralisme, la classe ouvrière ira malheureusement en enfer… C’est ce qu’exprime ce film présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, ce film annonce direct la couleur par son titre en forme de coup de poing au plexus, solaire de préférence. Et on en a besoin, les patrons scélérats surtout en ont besoin, eux qui mentent depuis des décennies à la classe ouvrière, ou à ce qu’il en reste, en promettant des reprises d’entreprise finalement délocalisées à l’étranger. On va tout péter reprend bien sûr le slogan des ouvriers de l’entreprise GM&S qui fabrique des pièces pour les véhicules de Renault et de PSA à La Souterraine lorsqu’ils apprennent que leur usine va fermer et qu’ils veulent la faire sauter. Bien sûr, cela n’aura hélas par lieu, le pouvoir en place arrive toujours à embobiner les travailleurs, avec l’aide des apparatchiks politiques et syndicaux, même si les syndicalistes de la base qui apparaissent dans le film montrent un courage, une abnégation et une pugnacité hors du commun. C’est cette lutte que le réalisateur, Lech Kowalski, a voulu suivre depuis le début en nous offrant un film magistral qui répond à celui de Ken Loach, Sorry we missed you.

Le sien montre comment le prolétariat actuel, grugé, manipulé et finalement jeté au chômage comme une machine à broyer, peut se retrouver ensuite proie facile de l’uberisation. Il n’est pas étonnant que Lech Kowalski se soit intéressé à ces travailleurs résistants, sorte de Gaulois récalcitrants chers à monsieur Macron, et qu’il nous dépeint à la fois dans leurs luttes, dans leur vie, leur pauvres distractions et leurs rêves vite broyés par la réalité. « Quand je suis arrivé en plein cœur de la France dans l’usine d’équipement automobile GM&S menacée de fermeture, explique-t-il dans sa note d’intention du film, j’ai senti qu’un concert exceptionnel allait s’y donner. Il le fut : paroles inventées par des salariés poussés au-delà des limites du supportable, musique écrite par des êtres humains déterminés à bouleverser toutes les règles, y compris celles de la lutte… »

 

 

Le film invite bien sûr chaque spectateur à la lutte. La projection fut précédée par la lecture d’un petit manifeste des Sous-Marins jaunes, en soutien au mouvement de lutte des Gilets jaunes. Il fut un peu sifflé par quelques spectateurs dont on se demandait ce qu’ils faisaient à cette projection particulièrement engagée. A la fin de la projection, certains des spectateurs qui avaient hué ont participé à la standing ovation, surtout qu’elle s’est faite en présence d’une grande partie des ouvriers que l’on voit dans le film et qui en ont profité pour organiser un petit défilé sur la Croisette. Ce genre de documentaire continue à nous faire croire à la solidarité, à la lutte et aux lendemains qui chantent même dans la capitale temporaire du glamour et des paillettes ! On va tout péter est un cri, qui ne cessera de résonner tant que le monde du travail globalisé et mondialisé continuera à considérer les travailleurs comme des quantités négligeables. Ils finiront peut-être par se faire entendre. « Et comme le son était suffisamment fort pour attirer les médias nationaux, le concert a résonné dans le pays tout entier. J’étais là, caméra en main, composant mon film grâce au lyrisme déchaîné de ces hommes et de ces femmes, en retrait, mais avec eux. »

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Durée : 110 mn


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