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Noé

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Relecture audacieuse de l’Ancien Testament par le réalisateur de « Black Swan » et « The Fountain ».

Issu du cinéma américain indépendant new-yorkais avec Pi (1999), Darren Aronofsky a rapidement accédé au statut de réalisateur culte en signant l’éprouvant Requiem For A Dream (2000) ainsi que le magnifique The Fountain (2006), encore à ce jour son plus beau film. Considéré par beaucoup comme étant le digne héritier de Stanley Kubrick, le cinéaste a su s’imposer par un style très versatile et cérébral, tout en s’intéressant à des sujets et des genres très différents. Suite au diptyque formé par The Wrestler (2009) et Black Swan (2011), qui a su jouir d’un immense succès public et critique, Aronosky revient avec un projet qu’il nourrit depuis longtemps, l’adaptation du récit biblique de l’Arche de Noé.
Ou l’histoire d’un simple mortel, Noé (Russell Crowe), chargé par Dieu de construire une arche gigantesque afin d’y abriter toutes les espèces animales et de les protéger du déluge qui éradiquera une humanité arrivée au comble de sa déchéance.

Noé s’inscrit dans une longue tradition hollywoodienne consistant à transposer des récits bibliques sur grand écran – en font partie Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille, 1956), La Tunique (Henry Koster, 1953) ou plus récemment La Passion du Christ (Mel Gibson, 2004) (on citera en outre le prochain film de Ridley Scott sur Moïse, intitulé Exodus). Interprétation libre de l’Arche de Noé de l’Ancien Testament, Noé est par ailleurs basé sur une bande dessinée (ou graphic novel) de Darren Aronofsky et Ari Handel, également co-scénariste et producteur du film. Le résultat donne lieu à un film osé, surprenant et surtout ambitieux, de nombreux défis se dressant d’emblée dès l’entreprise même du projet. En effet, le metteur en scène s’est retrouvé face à celui de devoir signer un blockbuster à 140 millions de dollars qui réponde à la fois aux attentes des majors hollywoodiennes, à celles d’un public actuel avide d’action et de spectacle et habitué aux films de super héros Marvel, et de respecter les croyances des divers communautés religieuses tout en signant une œuvre qui lui appartienne bel et bien avec des idées et des obsessions propres. Pari réussi, qui ne plaira sans doute pas à tout le monde – bien que le film fasse un carton aux Etats-Unis ! – mais qui a clairement le mérite d’afficher une ambition hors normes.

 

Pétri de séquences tant spectaculaires (le siège de l’arche par les hommes devant combattre les veilleurs) qu’intimistes et poétiques (la Genèse racontée par Noé lors d’une séquence étonnante en time lapse lui conférant un aspect presque bricolé et artisanal), le film parle avant tout de la fin d’une ère et d’un nouveau commencement, tout en véhiculant des valeurs sur la bienveillance et la bonté de l’homme malgré les adversités et la cruauté qui l’entourent. En cela, Noé fait de nombreux échos, tant thématiques que visuels, à The Fountain, au point où l’on pourrait presque y voir l’aboutissement d’un nouveau diptyque pour Aronosky. Les deux films évoquent la mort comme étant un acte de création et de renaissance, tout en ayant recours à des symboles simples mais forts (la graine d’arbre que l’on plante dans un trou dans le sol, les nébuleuses filmées au ralenti à base d’encre…). Le but n’est donc pas d’asséner un quelconque message religieux mais davantage de se servir de l’histoire en question pour évoquer d’autres choses. À mi-chemin entre l’esthétique parfaite et symétrique de Requiem For A Dream et The Fountain et celle, bien plus brutale et chaotique (bien que maîtrisée) de Black Swan et The Wrestler, la mise en scène d’Aronofsky s’avère assez sobre par moments, laissant la caméra filmer les personnages simplement au travers de décors naturels splendides. Côté comédiens, un Russell Crowe habité interprète magnifiquement le rôle principal (rôle qui devait à l’origine être tenu par Christian Bale puis Michael Fassbender), et le cinéaste retrouve avec Jennifer Connelly sa comédienne de Requiem For A Dream dans celui de la femme douce et vertueuse de Noé. Emma Watson surprend également et Anthony Hopkins nous fait grâce d’une apparition courte mais efficace en Methuselah.

Grosse machine de studio en apparence, Noé parvient néanmoins à relever son pari haut la main, et Darren Aronosfky à imposer sa patte et son univers empreints d’onirisme et de mysticisme pour une histoire qui aurait très bien pu être traitée de façon ringarde et académique.
 

Titre original : Noah

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Durée : 138 mn


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