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Love and Friendship

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<< Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d´eux à notre tour ? >> Jane Austen

Alice et Charlotte discouraient sur les relations amoureuses, la bande de Sally Fowler devisait sur Mansfield Park tandis qu’Heather, Violet et Rose formaient une sororité prônant un savoir-vivre désuet. Que ce soit dans Les derniers jours du disco (1998), Metropolitan (1989) ou Damsels in Distress (2012), l’univers de Jane Austen apparaissait déjà par touches dans les précédents films de Whit Stillman. Cette fois, il s’y confronte directement en adaptant Lady Susan, un roman épistolaire écrit par une jeune Austen qui n’était pas encore l’auteur d’Orgueil et Préjugés.

Susan Vernon (Kate Beckinsale) a une réputation sulfureuse : déjà veuve et toujours belle, les femmes la tiennent éloignée de leurs maris, et les mères de leurs fils. Bien obligée de trouver un mari pour garder son train de vie, et un autre pour caser sa fille, elle n’a que l’embarras du choix : courtisée par le stupide James Martin et le charmant Reginald de Courcy, elle n’a d’yeux que pour le ténébreux Manwaring. Aidée par Alicia (Chloë Sevigny), sa meilleure amie, elle va déployer tous les moyens pour parvenir à ses fins.

 

Love and Friendship se distingue tout d’abord par son extrême élégance. Les intérieurs raffinés des châteaux et autres hôtels particuliers accueillent des gens bien élevés aux mœurs raffinés qui montrent toujours de la bonne volonté dès qu’il s’agit d’articuler de petites méchancetés. Aussitôt validées par un sourire caché derrière une tasse de thé. Cette petite société repose avant tout sur les apparences et il serait malséant de se donner en public en s’abandonnant à des sentiments trop bruyants à la vue de tous. Une mauvaise réputation passe encore ; mais le ridicule, jamais ! Heureusement pour elle, lady Susan est passée maître dans ce jeu de masques grâce à la merveilleuse maîtrise de cet outil qui assure la survie sociale : l’art du langage et de la conversation. Grâce à une mise en scène qui pour être classique n’en est pas pour autant académique, Stillman a réussi à retranscrire l’aspect épistolaire de l’œuvre. Les champs/contre-champs, la lecture d’une lettre qui se transforme en véritable scène de suspense, l’enchâssement d’une scène avec le commentaire qui en est fait par un personnage, disent toute la duplicité de lady Susan. Si Madame de Merteuil voulait venger son sexe en se jouant de tous les hommes, Susan Vernon se contente de défendre sa propre cause, elle qui n’aime rien tant qu’ « avoir le plaisir de triompher sur un esprit préparé à la détester ». L’atmosphère feutrée des salons est son terrain de jeu privilégié, elle qui a déjà vu sa meilleure amie perdre la partie en épousant un homme qu’elle juge trop vieux mais quand même pas assez pour décéder.

Il est bien difficile de croire que Susan est la sœur de plume d’Elizabeth Bennett et d’Elinor Dashwood, tant elle peut être mauvaise et qu’elle apporte la preuve de l’inexistence du concept d’instinct maternel. Mais il n’empêche que sa mauvaise foi et sa méchanceté la rendent irrésistible. L’humour n’est de fait pas absent du film, ce qui ne laisse pas de nous étonner tant le nom Austen est loin de rimer avec l’adjectif drôle. Bien que l’époque soit parfaitement respectée au niveau des toilettes et des décors, l’ironie y a en vérité toute sa place. Le personnage de James Martin y est bien sûr pour beaucoup, qui s’extasie devant des petits pois, disserte tout seul sur un nom de lieu ou cite les douze commandements. Mais déjà, la première apparition des personnages, par arrêts sur images présentant à la fois leur nom et leur rôle dans la pièce à jouer, plaçait le film sous le signe du vaudeville, voire du sitcom en costumes. Autant de clins d’œil adressés par le réalisateur pour souligner le côté moqueur de l’œuvre, fidèle en cela à l’esprit tout l’étant à la lettre. A un « h » près, Whit Stillman s’appelait « esprit » – cela s’applique parfaitement à Love and Friendship.

Titre original : Love and Friendship

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Durée : 92 mn


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