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Les Derniers jours

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Un film de genre qui n´a rien de vraiment original, revisitant avec quelques variations le thème de la fin du monde, mais manquant cruellement d’intensité dramatique.

La fin du monde est un thème des plus puissants, car il place les hommes dans des situations extrêmes et révèle leur vraie nature. Ou plutôt, il révèle l’idée que les hommes se font de leur nature. Car la fin du monde résonne surtout comme la fin de l’humanité. C’est un retour à l’état primitif et à l’individualité primaire. Les règles sociales périclitent en même temps que les rapports humains explosent. Les unions sont de circonstance, elles restent fragiles et précaires, car souvent désespérées. Les nouvelles lois sont celles de la survie : replongée dans « l’état de nature », l’homme est confronté à sa condition d’animal, il fait résolument et définitivement face à lui-même, à sa propre capacité de survie. La fin du monde est une régression ultime, comme la négation absolue de l’esprit progressiste tel que proclamé par nos sociétés modernes. Et parfois aussi, la fin du monde est une purge teintée d’un idéalisme théologique hérité de l’Apocalypse.


Les Derniers jours
est un film de genre qui n’a rien de vraiment original, revisitant avec quelques variations le thème de la fin du monde. Le récit prend place dans une Barcelone dévastée par une terrible épidémie, sorte d’agoraphobie mortelle : toute personne cherchant à quitter un lieu clos meurt quasiment sur-le-champ. La situation et les conditions de vie dégénèrent progressivement. On s’organise pour creuser des tunnels entre les bâtiments, mais il faut convenir que cela n’est pas très pratique.

Le récit s’articule autour de deux personnages principaux que tout oppose, c’est le moins que l’on puisse dire : l’un est DRH, et devait justement procéder au licenciement de l’autre. Les circonstances en font des alliés, tous deux étant à la recherche de leurs proches. Un grand périple les attend, où la confiance réciproque et l’amitié se substitueront progressivement à la suspicion initiale. Bref, du classique, mais c’est efficace : le duo marche bien. L’opposition de caractère n’est pas surjouée, et on ressent de l’empathie pour les deux personnages, malgré certaines séquences quelque peu tirées par les cheveux, et qui cèdent trop facilement à la tentation du pathos.
 

La première partie du film est construite de manière intéressante. Les flashes-back récurrents reconstituent de manière progressive les débuts de l’épidémie. Un principe qui permet de mettre peu à peu le récit sous tension. Celui-ci prend rapidement de la vitesse. La progression des héros sous forme de road movie n’a rien d’original mais reste efficace. Le sentiment de claustrophobie est assez bien rendu, appuyé par une belle photographie. Les Derniers jours lorgne sur le film horrifique d’enfermement (on pense ainsi à REC (Paco Plaza, Jaume Balagueró, 2008) ; mais également à des survivals comme 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2007)). Le suspense est présent, mais malheureusement, plus le film avance, plus il dévoile son côté « bon enfant ». On se doute assez rapidement de la teneur de l’issue.

C’est là le problème des Derniers jours. De film de genre, il devient progressivement un film d’action horrifique des plus classiques, cédant lors de la dernière partie aux effets les plus faciles. La priorité est donnée au spectacle, jusqu’au dénouement, grotesque. On y perçoit bien la volonté de laisser une place à l’espoir. Mais c’est amené de manière trop évidente, trop naïve, trop facile. À travers sa métaphore bien trop explicite (la naissance comme le renouveau de la civilisation), le film assène une morale niaiseuse du genre « après la pluie, le beau temps », ou « il faut détruire pour mieux reconstruire ». Les Derniers jours cède donc trop facilement aux sirènes du film à spectacle. Il perd progressivement toute l’intensité dramatique qui fait le sel de films comme Blindness (Fernando Meirelles, 2008) ou La Route (John Hillcoat, 2009) qui, sur le même thème et dans le même genre, se sont révélés d’une autre trempe, autrement plus sauvages et plus marquants.

 

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Titre original : Los últimos días

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Durée : 100 mn


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