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Le cinéma français et la guerre d’Algérie

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L’image d’un fantôme.

« – Si j’étais étudiant en ce moment, un garçon surtout, moi je penserais aux évènements d’Algérie, à la guerre d’Algérie. Tu t’en fous de cette question-là, de la guerre d’Algérie ?
Mais non, on s’en fout pas. […] un jour, enfin je sais pas l’année prochaine, dans deux ans, dans dix ans, il y aura des sujets prodigieux de films sur la guerre d’Algérie. »
Chronique d’un été (Edgar Morin et Jean Rouch, 1961)

Plus de 50 ans après le film de Jean Rouch et d’Edgar Morin, le cinéma français a-t-il réussi à donner à la guerre d’Algérie ses images ? Si les films sont bien là – jusqu’à récemment avec leur lot d’échecs (L’Ennemi intime – Florent Emilio Siri, 2007) et de réussites (La Trahison – Philippe Faucon, 2005) – que disent-ils d’une guerre souvent considérée comme « non-filmée » par un cinéma n’ayant su la regarder. Si les choix de ce Coin du cinéphile sont si resserrés chronologiquement, c’est pour tenter de questionner cet instantané d’images cher à Jean Rouch et les espoirs soulevés par Chronique d’un été. Un an plus tôt il y avait Le Petit Soldat (Jean-Luc Godard). Un an plus tard Le Combat dans l’île (Alain Cavalier) et Adieu Philippine (Jacques Rozier). Au début des années 1980, Liberté, la nuit (Philippe Garrel, 1983). Si l’on rajoute à cela l’un des plus beaux films du regretté Alain Resnais réalisé en 1963, Muriel ou le temps d’un retour, une image prend forme. C’est celle d’une guerre apparaissant en filigrane, s’infiltrant dans le récit tout en restant à distance. C’est la torture, deux amis qui s’éloignent, des morts, un couple qui se sépare, une discussion d’étudiants. C’est une image contrainte à prendre de nombreux détours pour en devenir parlante. C’est un non-dit, une rumeur, une angoisse. C’est un fantôme.

Bonne lecture en attendant un prochain Coin du cinéphile consacré au traumatisme d’Hiroshima dans le cinéma japonais.


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