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Irina Palm

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La misère sociale, une vieille femme courageuse, un enfant malade, des voisines << gossip girls >>, voilà les ingrédients d´Irina Palm, à mi-chemin entre l´univers loachien et la fable bluette.

Une banlieue tranquille (quoique les activités dans les voitures soient souvent intenses) entourant une ville grouillante de sex-shops rutilants et de peep-show dégoulinant d’outrage… Dès la mise en place de son décor, le film de Sam Gabarski joue sur les contraires. Cette histoire douce-amère vaut moins par sa trame narrative casse-gueule (une grand-mère vaillante qui, pour payer l’opération de son petit fils, se met à astiquer des sexes – so shoking) que par sa plongée dans une société misérabiliste. Ces corps qui se déhanchent, ces têtes qui dodelinent, ces mains qui s’activent et s’agrippent sont les principaux témoins de cette société désenchantée qui a érigé le Sexe et les plaisirs charnels au rang de maîtres mots.

Irina Palm se veut une ode au courage : Marianne Faithfull, égérie londonienne des sixties, y imprime son timbre de voix si particulier et une démarche maladroite de playmobil léthargique toujours accompagnée de trois accords de basse dépressifs (BO composée par le groupe belge Ghinzu).

Maggie, veuve sans saveur dans sa banlieue triste, devient, dans un Soho aussi tiède qu’un rosbif réchauffé, Irina Palm, doctoresse es-masturbation dont la paume douce et accueillante est un régal pour tous les vits anglais, des plus vigoureux au moins rugissants. Si Marianne Faithfull confiait aux Inrockuptibles en 1994 qu’elle « voulait avoir son truc à elle », sûr que Maggie a pour elle une certaine agilité et souplesse du poignet qui la consacrera reine du Sexy World, nom du sex-shop où elle officie.

Sam Garbarski soumet ici Marianne Faithfull à une gymnastique révoltante qui la mènera tout droit au penis-elbow. A mesure qu’elle se "fait la main" dans son nouveau travail, Maggie se réapproprie sa vie, délaissant le tablier de ménagère banlieusarde coud de faux-semblants et d’apparence (au sens figuré puisque Maggie exerce son métier vêtue de son tablier) pour devenir la seule actrice de sa vie. Et cette reconversion ne sera pas sans susciter certaines jalousies, car les langues sont tout autant pendues dans cette banlieue engourdie qu’au Sexy World.

Le réalisateur français du Tango des Rashevski (2003) compose avec Irina Palm, présenté au 57e festival du film de Berlin, une satire sociale, pas assez mordante pour vraiment interroger et pas assez comique pour vraiment faire rire. Il oscille entre ces différents tons, le comique et la critique, en n’étant parfaitement convainquant que dans le premier. Mais il parvient, avec une économie de moyens et une certaine sobriété, à réaliser un film transpirant d’humanité et de respect. En accrochant sa caméra à la lassitude de son héroïne et par une belle exploitation des silences, bruits, couleurs et autres signifiants, il transmet tout le fardeau d’une vie d’attente et de solitude.

Point de masturbation intellectuelle donc, mais le plaisir de retrouver Marianne Faithfull qui prête ses formes généreuses à cette reine de la friction dans un rôle pas forcément à contre emploi et Miki Manojlovic, l’acteur fétiche d’Emir Kusturica, propriétaire au grand cœur du sex-shop. Finalement, il suffit de se pencher sur ces glory-holes pour entrevoir une lueur d’espoir et, oh my God, que cela fait du bien.

Titre original : Irina Palm

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Durée : 103 mn


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