Il pleut dans la maison

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Un été torride et désenchanté.

Il ne serait pas étonnant que ce premier film de fiction présenté à la Semaine de la Critique à Cannes cette année revienne avec un prix tant il est intéressant et montre magnifiquement, sans artifice et sans afféterie, l’ennui des adolescents livrés à eux-mêmes. Pourtant, Paloma Sermon-Daï, jeune réalisatrice belge déjà auteur d’un court-métrage de fin d’études, Makenzy, et d’un long-métrage documentaire, Petit samedi, moult fois récompensé, n’a pas cherché un thème trop sophistiqué puisqu’elle se contente de montrer la vie de tous les jours d’un frère et de sa soeur plus âgée, dans un coin de Belgique écrasé de chaleur et d’ennui. On y retrouve d’ailleurs un Makenzy, peut-être le jumeau de son premier film, 15 ans, qui survit grâce à de petits larcins et sa soeur, Purdey, un peu plus âgée et très sérieuse, engagée pour l’été comme femme de ménage d’un ensemble de résidences saisonnières pour payer ses futures études d’infirmière.

 

Rien de bien folichon dans tout cela, surtout quand on sait que leur mère, démissionnaire, n’apparaît que lorsqu’elle est saoule ou en manque d’amour. On sent bien sûr l’influence des frères Dardenne et l’actrice, avec son petit air à la Léa Seydoux en prolote, pourrait faire penser à Rosetta bien sûr. Cependant, Paloma Sermon-Daï parvient parfaitement à tenir le rythme d’un film à la fois universel et intimiste, sans pathos ni leçon de morale, montrant dans presque chaque plan la dignité d’une jeune fille appelée à surmonter son handicap social. On se doute bien que sa classe sociale défavorisée l’empêchera de s’élever, mais on voudrait – comme elle – y croire et tout le film est une tentative à la fois optimiste et désespérée pour y parvenir. Assurément un beau film prometteur pour la suite de la carrière de la réalisatrice qui sait cadrer et bien s’entourer notamment de deux acteurs non professionnels et frère et soeur dans la vraie vie, Makenzy Lombet et Purdey Lombet, et d’un directeur de la photographie qui parvient à magnifier un été wallon, Frédéric Noirhomme. Une surprise comme sait en distiller chaque année la sélection éclectique de la Semaine de la Critique dirigée maintenant par Ava Cahen.

Dernière minute FESTIVAL DE CANNES : Le film vient d’obtenir ce mercredi 24 mai le prix de la French Touch dans le cadre de la Semaine de la Critique 2023, tout comme le très beau Aftersun de Charlotte Wells l’année dernière. 

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Durée : 82 mn


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