Festival de Cannes 2017, jours 2 et 3 : coup de coeur pour Okja de Bong Joon-ho avec Tilda Swinton

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Deuxième et troisième journées au Festival de Cannes, de la Corée à l’Iran, en passant pas la chanson et le Chili.

Déjà notre Palme d’or ?

Hier était projeté le film du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho, Okja. L’histoire fascinante et attachante d’une petite fille coréenne et d’un cochon, avec Tilda Swinton exceptionnelle dans le rôle d’une cheffe d’entreprise de viande, Paul Dano bluffant comme activiste défenseur de la cause animale, Jake Gyllenhaal méconnaissable comme clown ami des animaux et starlette du petit écran. Tourné entre Séoul et New-York, jamais un film mêlant images en 3D et fiction n’aura été aussi convaincant. Puissant message sur le capitalisme, la viande et sa consommation abusive, l’amour entre une fillette et un animal plus fort que la société consumériste dans laquelle nous existons, le très talentueux Bong Joon-ho – Memories of murder, Snowpiercer – nous a bousculé jusqu’au plus profond de nos émotions et de nos questionnements. C’est ça le cinéma et c’est quelque part ça que provoque le Festival de Cannes. Une surprise, un recul sur notre quotidien et notre société, un retour à l’enfance avec des scènes extrêmement bien filmées et pensées. Une Palme d’Or en vue ? Pas certain car le film créé la polémique avec son étiquette Netflix. Affaire à suivre.
 


Jeanne Balibar en Barbara devant la caméra de Mathieu Amalric

L’acteur et réalisateur Mathieu Almaric a fait le pari de faire revivre la célèbre Barbara, avec un film profond sur la vie de l’artiste, ses musiques et ses compositions. Une mise en abime, un film dans le film et une manière très singulière de filmer : c’est ce que l’on ressent en voyant Barbara incarnée par la bluffante Jeanne Balibar. Le personnage n’étouffe pas la mémoire que l’on a de la star, bien au contraire. Avec des archives et un montage parfaitement fin, on se laisse embarquer dans cette mélodie nostalgique. Réussi.

Wonderstruck très décevant

En Compétition officielle, Wonderstruck de Todd Haynes est, après Carol il y a deux ans, très franchement ennuyeux. Même si la maîtrise de la caméra, sa fluidité, est plaisante, le réalisateur insiste sur des clichés et il perd du temps avec des détails, ce qui dessert très nettement l’histoire. Ces deux enfants sourds à deux époques différentes, avec Julianne Moore en star du cinéma muet, sont des tableaux vides montrant et appuyant ce que l’on doit voir. Sans aucune émotion et avec beaucoup de froideur, Todd Haynes n’a pas réussi cette fois-ci à nous convaincre.

Stéphanie Chermont

L’ACID et La semaine de la critique sur de bons rails


L’Iran vu de France, la France vue par des iraniens

Vingt-cinquième programmation Cannoise du cinéma indépendant : L’ACID. Plurielles par leurs origines et leurs modes d’écritures, les œuvres présentées cette année célèbrent le désir de liberté et l’engagement personnel. Un beau programme en perspective. En ouverture, Avant la fin de l’été souffle un doux vent de fraîcheur. Le voyage de trois trentenaires iraniens qui s’interrogent sur leur futur, conjugue humour et tendresse. Choisir entre une France accueillante et l’Iran du cœur. Si ce périple se veut avant tout un moment de plaisir, la guerre, les mœurs et la religion ne manquent pas de ponctuer les échanges. Sans aucun jugement moral, sous un voile de légèreté qui n’efface pas les enjeux. Une échappée belle également bucolique. De Paris aux plages du sud-est, la caméra porte un regard jamais condescendant sur une population rurale française aux traditions populaires immuables. Le charme naturel des comédiens, la mise en scène naturaliste, et parfois poétique de Maryam Goormaghtigh, voici un joli moment de vie, à méditer et à savourer.

Les fantômes du passé

Los Perros, présenté à La semaine de la critique nous plonge dans l’inquiétante bourgeoisie chilienne. Mariana, mariée, 42 ans tombe sous le charme de son professeur d’équitation, un ancien colonel accusé de la disparation d’une partie de son régiment. Un point de vue subtilement ambigu, à l’instar du personnage féminin central, interprété avec fougue et passion par Antonia Zegers. Des tensions et des secrets qui menacent à tout moment de briser l’équilibre familial et sociétal. Marcela Said s’appuie sur une photographie d’une luminosité éclatante pour mieux souligner la fausse transparence du système actuel. Vingt-cinq ans après la chute de Pinochet, le présent se conjugue toujours au passé.

Jean-Michel Pignol



Festival de Cannes 2017 : une première journée forte avec Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin


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